LETTRE VIII.
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les enfants pour que nous les élevions à la royauté. » Lareine, ne se doutant point qu'il y eût là-dessous quelqueartifice, fut toute joyeuse; et après avoir donné aux troisenfants à boire et à manger, elle les fit partir en leur di-sant : « Je croirai n'avoir pas perdu mon fils, si je vous« vois régner à sa place. » Theodewald, Gonther etChlodoald, le premier âgé de dix ans, et les deux autresplus jeunes que lui, arrivèrent au palais de leur oncle,accompagnés de leurs gouverneurs, qu’on appelait alorsnourriciers, et de quelques esclaves. Ils furent aussitôtsaisis et enlevés aux gens de leur suite, qu’on enfermaséparément ’.
Alors le roi Hildebert, appelant son confident Arca-dius, lui dit d’aller trouver la reine afin d'apprendred’elle ce qu'on devait faire des enfants; et, pour joindreà cette demande l'éloquence des signes, que les Barbaresaimaient à employer, il lui ordonna de prendre avec luiune paire de ciseaux et une épée. Le Romain obéit; etdès qu'il fut en présence de la veuve de Ghlodowig, illui présenta les ciseaux et l'épée nue en disant : « Très-ci glorieuse reine, nos seigneurs tes fils te font demander« conseil sur ce qu'on doit faire de ces enfants : veux-tu« qu'ils vivent la chevelure coupée, ou veux-tu qu'ils« soient égorgés ? » Stupéfaite de ces paroles et de l’envoiqui donnait au message quelque chose de plus sinistre,Chlothilde, hors d'elle-même, sans trop savoir ce qu'elledisait, répondit : « Si l'on ne veut pas qu'ils deviennent« rois, j'aime mieux les voir morts que tondus. » L'am-bassadeur intelligent se retira aussitôt, sans attendred’autres paroles, et porta cette réponse aux deux rois,
1 Greg. Turon. llisl. Franc. , lib. in, cap. xvm, apud Script, rcr.gailic,et francic., t. II, p. 196.