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LETTRE VIII.
Depuis ce jour, l'habile cuisinier devint le favori de sonmaître; il avait l’intendance de la maison et le comman-dement sur les autres esclaves, auxquels il distribuait àson gré les rations de potage et de viande. Il employa unan à s’assurer les bonnes grâces de son maître et à luiinspirer une entière confiance. Puis, croyant le momentvenu, il songea à se mettre en relation avec Attale, auquelil avait affecté jusque-là de paraître absolument étranger.Il se rendit, comme par passe-temps, dans le pré où lejeune homme gardait ses chevaux, et s’assit par terre àquelques pas de lui, pour qu’on ne les vît point causerensemble. Dans cette position, il lui dit : «Voici le temps« de songer au pays : cette nuit, quand tu auras ramené« les chevaux à leur étable, je t’avertis que tu ne dois« point céder au sommeil, mais te tenir prêt au premier« appel; car nous nous mettrons en route L » Le jour oùcet entretien eut lieu, le Frank avait chez lui à dîner plu-sieurs de ses parents, parmi lesquels se trouvait le maride sa fille. C’était un homme d’un caractère jovial et quine dédaignait pas de plaisanter avec les esclaves de sonbeau-père. Vers minuit, tous les convives ayant quitté latable pour aller se coucher, le gendre, qui craignait d’avoirsoif, se fit suivre à son lit par Léon portant une cruche debière ou d’hydromel. Pendant que l’esclave posait le vase,le Frank se mit à le regarder entre les yeux, et lui parlaainsi d’un ton railleur : « Dis-moi donc, toi l’homme de« confiance, est-ce que bientôt l’envie ne te prendra pas« de voler les chevaux de mon beau-père pour retourner« dans ton pays? —Cette nuit même je compte le faire,
1 ...Decubans in terra cum eo a longe, adversis dorsis, ut non cognosce-relur quod Ioquerentur simul, dicit puero : « Tempus est enini ut jam•« cogilare de patria debeamus... >> (Ibid.)