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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE X.

rence, les fils des rois, quand ils avaient reçu leur partd’héritage, étaient, par le fait, investis d’une préémi-nence naturelle sur les petits propriétaires et les guer-riers cantonnés autour de leurs domaines 1 .

Ainsi, l’exercice du commandement était la consé-quence, mais non l’objet du partage, qui n’avait réelle-ment lieu qu’à l’égard des propriétés personnelles, soitmobilières, soit immobilières. Rien ne le prouve mieuxque le tirage au sort qui avait souvent lieu entre lesenfants des rois. Aujourd’hui encore, dans certains cas,on tire au sort les différentes portions d’un héritage ;jamais il n’est tombé dans l’esprit des hommes de diviseren lots l’administration sociale et les dignités politiques.La conduite des fds des rois franks vient à l’appui decette manière de voir. Ils semblaient attacher moinsd’importance aux domaines territoriaux qu’à l’argent etaux meubles précieux, dont ils s’emparaient première-ment, et qu’ils se disputaient avec fureur. Ils jugeaientqu’une ample distribution d’or et de bijoux aux capi-taines et aux braves était, pour eux, le plus sûr moyen dedevenir rois comme leur père, c’est-à-dire d’être recon-nus par un nombre suffisant de soldats bien déterminés àsoutenir le chef qu’ils auraient proclamé. Quelquefois,au moment même où le père venait de fermer les yeux,les fils, sans se conformer à ses dernières volontés, pil-laient ses trésors, enlevaient la plus grosse part qu’ilspouvaient, et l’emportaient sur les domaines qui leur

1 On a compté jusqu’à cent vingt-trois grandes terres possédées parles rois de la seconde race, en Belgique et sur les bords du Rhin.M. Guizot, dans ses Essais sur l’Histoire de France (p. 123-127), donne desdétails curieux sur la nature, la source et l’étendue des domaines royaux.J’ai lu avec plaisir cet ouvrage remarquable, qu’on regrette de voir jointcomme un simple commenlaire à celui de l’abbé deMably.