LETTRE XI.
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franke, si Charlemagne eût vécu plus longtemps, ou sison fils lui eût ressemblé.
Peut-être, avant la grande et triste expérience quenous avons faite il y a treize ans 1 , et à l’aide des seulesidées fournies par la vue de l’Europe sous l’ancien ré-gime, était-il impossible de discerner la véritable raisondes mouvements politiques où fut entraînée la famille deCharlemagne. Le maintien de l’empire frank ne dépen-dait pas, comme tant d’historiens l’ont dit, en copiantMontesquieu, du sage tempérament mis entre les Ordresde l'Etat, de l'occupation donnée à la noblesse pour l'em-pêcher de former des desseins, et de la soumission filialedes enfants du prince. Il ne s’agissait ni d’Ordres del’État, ni de noblesse, ni des autres classifications socialesde la monarchie moderne; il s’agissait de retenir sousune sujétion forcée plusieurs peuples étrangers l’un àl’autre, et dont quelques-uns surpassaient de beaucouple peuple conquérant en civilisation et en habileté pourles affaires. Nous savons aujourd’hui quels phénomènesmoraux résultent nécessairement de toute domination•établie par conquête. A l’enivrement de gloire militairequ’éprouve, sous les drapeaux du conquérant, une arméecomposée d’hommes de races diverses, se joint une haineprofonde de la domination étrangère, passion plus du-rable que l’autre, qui s’accroît en silence et finit par toutentraîner. Le moment fatal pour les grands empires n’ar-rive, le plus ordinairement, qu’à la mort de leur fonda-teur, parce que, en général, les peuples hésitent à s’aven-turer, et attendent qu’un dérangement quelconque leurfournisse soit une occasion, soit un prétexte de révolte.
1 Écrit en t8£7.