LETTRE XII.
181
donnent à entendre que la question du changement dedynastie n’était point regardée alors comme une affairepersonnelle. Selon elles, il s’agissait d’une haine invé-térée, d’une entreprise commencée depuis longtempsdans la vue de déraciner du royaume de France la pos-térité des rois franks 1 . Cette révolution, qui dans sesflux et reflux avait causé tant de troubles, se terminasans aucune violence. La grande majorité des seigneurset du peuple se rangea autour du comte Hugues ; et leprétendant à titre héréditaire demeura seul avec quel-ques amis, pendant que son compétiteur, élu roi parl’acclamation publique, était couronné à Noyon.
Cette élection n’eut point lieu avec des formes régulières ; on ne s’avisa ni de recueillir ni de compter lesvoix des seigneurs : ce fut un coup d’entraînement; etHugues Capet devint roi des Français parce que sa popu-larité était immense. Quoique issu d’une famille germa-nique , l’absence de toute parenté avec la dynastie impé-riale , l’obscurité même de son origine dont on ne retrou-vait plus de trace certaine après la troisième génération,le désignaient comme candidat à la race indigène, dontla restauration s’opérait en quelque sorte depuis le démem-brement de l’empire 2 . Tout cela n’est point formellement
• Hugo vero Capet more patrum suorum odio motus antiquo, genusCaroli cupiens eradere de Regno Francorum... ( Chron. Sithiens., apudScript, rer. gallic. et francic. , t. X, p. 298. )
1 Fuit enim hic Hugo (Magnus) filius Roberli Parisiorum Comilis, quividelicet Robertus brevi in tempore Rex constituais, et ab exercitu Saxo-num est interfectus. Cujus genus idcirco adnotare distulimus, quia valdeinante reperitur obscurum. (Glabri Rodulphi Hist. , apud Script, rer.!/allic. et francic., t. X, p. 5.) Ces paroles sont d’un auteur contemporainUn écrivain postérieur de deux siècles ajoute un degré à cette généalo-gie, et remonte jusqu’à Robert le Fort; mais il déclare ne pouvoir allerplus loin : « Ulterius nesciverunt de illius genere Hisloriographi diceru. »Alberici monachi Chron., ibid., p. 286.)