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LETTRE XII.
énoncé dans les histoires contemporaines ; mais l’on nedoit pas en être surpris. Les masses populaires, lors-qu'elles sont en mouvement, ne se rendent point uncompte bien net de l’impulsion qui les domine ; ellesmarchent d’instinct, et tendent vers le but sans chercherà le bien définir. A ne les considérer que d’une manièresuperficielle, on croirait qu’elles suivent en aveugles lesintérêts particuliers de quelque chef, dont le nom seulfait du bruit dans l’histoire : mais cette importance mêmedes noms propres vient de ce qu’ils ont servi de mot deralliement pour le grand nombre, qui, en les prononçant,savait ce qu’il voulait dire, et n’avait pas besoin, pour lemoment, d’une façon de s’exprimer plus exacte.
L’avénement de la troisième race est, dans notre his-toire, d’une bien autre importance que celui de la seconde;c’est, à proprement parler, la fin du règne des Franks etla substitution d’une royauté nationale au gouvernementfondé par la conquête. Dès lors, en effet, l’histoire deFrance devient simple ; c’est toujours un même peuplequ’on suit et qu’on reconnaît, malgré les changementsqui surviennent dans les mœurs et la civilisation. L’iden-tité nationale est le fondement sur lequel repose, depuistant de siècles, l’unité de dynastie. Un singulier pressen-timent de cette longue succession de rois paraît avoirsaisi l’esprit du peuple, à l’avénement de la troisièmerace. Le bruit courut qu’en 981 saint Yaleri, dont HuguesCapet, alors comte de Paris, venait de faire transférer lesreliques, lui était apparu en songe et lui avait dit : a A« cause de ce que tu as fait, toi et tes descendants vous« serez rois jusqu’à la septième génération, c’est-à-dire« à perpétuité '. » Cette légende populaire est répétée
» Willelmi Nangii Citron, apud Script, rer. gallic. et francic., t. X, p. 300,