LETTRE XIII.
193
nominal: la Lorraine, une partie de la Bourgogne, laFranche-Comté, le Dauphiné, étaient sous la suzerainetéde l’empire d’Allemagne. La Provence, tout le Langue-doc, la Guienne, l’Auvergne, le Limousin et le Poitouétaient des États libres, sous des ducs ou des comtes quine reconnaissaient de suzerain que pour la forme, et enchangeaient à volonté. La Bretagne était de même unÉtat libre; la Normandie obéissait au roi d’Angleterre,et enfin l’Anjou, quoique soumis féodalement au roi deFrance, ne relevait en aucune manière de son autoritéadministrative. Il n’y avait' donc pas lieu pour Louis VId’affranchir par des ordonnances les villes de ces diffé-rents pays; et les grandes vues qu’on lui prête ne pou-vaient se réaliser qu’entre la Somme et la Loire. Or,comment se fait-il, si c’est ce roi qui est le législateurdes communes, qu’on les voie s’établir dans toute l’éten-due de la Gaule, et en plus grand nombre dans les pro-vinces indépendantes de la couronne, par exemple danscelles du midi? Bien plus, dans ces dernières provinces,le régime communal, avec tous ses caractères, se révèleà une époque antérieure à la date des sept ou huitchartes où figure le nom de Louis le Gros. Il est vrai quepersonne ne s’avise d’attribuer positivement à ce roi lafondation des communes d’Arles, de Marseille, de Nîmes,de Toulouse, de Bordeaux, de Rouen, de Lille, de Cam-brai , etc. ; mais nos écrivains, groupant tous les faitsautour de la personne des rois, négligent l’histoire de cescommunes, tant qu’elles ne relèvent point de la cou-ronne. C’est seulement lorsqu’une conquête ou un traitéles agrège au royaume de France, et qu’une charte,scellée du grand sceau, vient reconnaître et non créer
leurs franchises, qu’on juge à propos d’en faire mention.
13