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LETTRE XIII.
Ainsi des libertés immémoriales prennent l’air de conces-sions récentes; toute commune semble une pure éma-nation de la volonté royale ; et Louis le Gros, commepremier en date, a l’honneur de l’initiative. De là vientque Beauvais et Noyon passent pour les deux plus an- ^ciennes communes de France : assertion vraie si l’on ré-duit le nom de France à ses limites du xii® siècle, etfausse si on l’applique à tout le territoire sur lequel ils’étend aujourd’hui.
Après avoir circonscrit dans ses véritables bornes l’in-fluence législative de Louis le Gros, il s’agit d’examinersi, dans ces bornes même, ce roi a été, comme on leprétend, le fondateur des communes, et si c’est à luiqu’appartient l’idée de ce genre d’institutions. Cette opi-nion se fonde à priori sur l’intérêt qu’on suppose àLouis YI de faire de la puissance des bourgeois un contre-poids à celle des nobles : mais, en fait d’intérêt, la classebourgeoise en avait un bien autre à l’érection des villes encommunes. On devrait donc, d’après cette manière d’ar-gumenter, lui accorder encore la plus grande part dansla création de ce nouvel ordre de choses, qui donnait àchaque ville affranchie une magistrature élective, le droitde guerre et de paix, presque tous les droits des an-ciennes républiques 1 . Mais il ne s’agit pas d’argumenta-tion logique; et l’histoire est là pour attester que, dans legrand mouvement d’où sortirent les communes ou lesrépubliques du moyen âge, pensée et exécution, tout futl’ouvrage des marchands et des artisans qui formaient lapopulation des villes. Dans la plupart des chartes de com-munes, on ne saurait guère attribuer aux rois autre chose
S.'
1 Le mot respublica est quelquefois employé par les historiens du moyenâge pour désigner une commune.