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LETTRE XX.
ils multipliaient ces causes en qualifiant de félonie lamoindre plainte contre leurs sentences ou leurs excèsd’autorité. Quiconque obéissait à leur mandat de compa-rution n’avait que deux alternatives, ou une amendeexorbitante, ou un emprisonnement illimité. Si quelqu’unrefusait de se rendre aux sommations de leurs sergents,ils fondaient sur la ville à la tête d’une troupe armée,parcouraient les rues, fouillaient les maisons, et, s’ils netrouvaient pas le défaillant, s’emparaient du premiervenu et le retenaient prisonnier jusqu’à ce qu’on leurremît en échange l’homme qu’ils demandaient. Le sorttombait ordinairement sur un bourgeois riche, ayant desparents considérables, qui, afin de le sauver, se faisaientpersécuteurs de l’accusé pour lequel on le gardait commeotage. Acharnés contre ce malheureux, ils le cherchaient,le poursuivaient de retraite en retraite, l’enlevaient desbras de sa femme et de ses enfants, et le livraient auxofficiers de l’archevêque 1 .
Ceux-ci, maîtres du fugitif, aussitôt condamné, luiinfligeaient sous le nom d’amende le paiement d’unerançon. Pour l’obtenir de lui ou de sa famille, ils le sou-mettaient aux épreuves du cachot, des fers, et quelque-fois même de la faim. Si la famille, instruite de l’état duprisonnier, ne se tenait pas pour avertie, ils avaientrecours aux tortures, et souvent la rançon venait troptard. Telles furent les plaintes adressées à Louis IX, parles habitants de Reims, sous un archevêque dont le nomva bientôt figurer dans cette histoire 2 . Comme remède àde si étranges violences, ils demandèrent, mais inutile-
' Anquetil, Histoire de la ville de Reims, t. II, p. 22 et suiv.
2 Henri de Braine; voyez ci-après, p. 318 et suiv. — Histoire de la villede Reims, par Anquetil, t. II, p. 27.