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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE XXI.

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déjà, contre les libertés des villes ^ les prétentions abso-lues qui, plus tard, se sont réalisées.

Le roi, ou ceux qui gouvernaient en son nom, créèrentde leur chefiun maire, et.envoyèrent à Beauvais, pourremplir cet office, un nommé Robert de Moret, étrangerà la ville, ce qui était contraire, aux usages de toutes lescommunes. Néanmoins la haute bourgeoisie, entraînéepar l’esprit de parti, accepta sans répugnance l’élu duroi; mais il n’en fut pas de même des bourgeois de laclasse inférieure : ceux-ci protestèrent, en disant quecette intrusion d’un homme né hors de la ville était uneviolation du droit de commune; et, après avoir souffertquelque temps «Robert de Moret, ils s’insurgèrent pourfaire élire un autre maire. Les pairs, et en général lesprincipaux de la ville, résistèrent aux demandes des sédi-tieux ; mais leur opposition ne servit qu’à augmenter l’ef-fervescence populaire. La révolte éclata contre toutes lesautorités communales : le maire et les autres magistrats,chassés de leur salle de conseil, furent contraints de seréfugier dans la maison d’un armurier, où le peuple lesassiégea, et dont il les contraignit de sortir en mettant lefeu à la maison voisine. Les insurgés se saisirent de Robertde Moret, et lui déchirèrent sur le dos la longue robefourrée d’hermine, qui était l’insigne de son office. Ils lepromenèrent, en cet état, à travers les rues, le maltrai-tant et lui criant : « Voilà que nous te faisons maire. »

. Le parti contraire à l’insurrection envoya aussitôt avertirle conseil du roi de ce qui s’était passé; et en même tempsle bailli de l’évêché dépêcha un exprès à* l’évêque Milon' de Nanteuil, qui était absent. A son arrivée, les révoltés,

* llisl. de Beauvais, par Levasseur, t. II, p. 366 et suiv.