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LETTRE XXII.
gation de porter leur pain, leur blé et leur vendange aux» fours, moulins et pressoirs publics, tenus ou affermés parl’abbaye. Une longue querelle souvent apaisée par l’inter-vention des papes, mais renaissant toujours, s’éleva ainsientre les comtes de Nevers et les abbés de Vézelay. Cettequerelle devint extrêmement vive dans le cours duxn e siècle. Le comte Guillaume II, plusieurs fois sommépar l’autorité pontificale de renoncer à ses prétentions,les fit valoir avec plus d’acharnement que jamais, et sonfils, du même nom que lui, hérita, en lui succédant, deson hostilité contre l’abbaye.
La dignité d’abbé et de seigneur de Vézelay appartenaitalors à Pons de Montboissier, originaire de l’Auvergne,homme d’un caractère décidé mais aussi calme que celuidu jeune comte de Nevers était fougueux et violent. Laguerre entre ces deux antagonistes, d’une humeur sidifférente, ne fut suspendue que par le départ du comtepour la croisade. Son séjour à'la Terre-Sainte ne changearien à ses dispositions; mais au retour, durant la traversée,surpris par une tempête, et se voyant en péril de mort,il promit à Dieu et à sainte Marie-Madeleine de ne jamaisinquiéter l’abbaye de Vézelay s’il revenait chez lui sain etsauf 1 . Ce vœu, prononcé dans un moment de crainte, nefut pas longtemps gardé, et sa rupture fut accompagnéede circonstances toutes nouvelles.
Il y avait à Vézelay un étranger appelé Hugues deSaint-Pierre, habile mécanicien, qui était venu pauvres’établir dans la ville et y avait amassé de grands bienspar la pratique de son art. Cet homme, d’un esprit vif etadroit, se trouvait en relation d’affaires avec les barons de
1 Historia Vizeliacensis monasterii , auctore Hugone Pictavino, !ib. iti,apud Luc d’Achery, Spicilegium, t. II, p. 523, col. 2.