LETTRE XXII.
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la contrée et même avec le comte de Nevers qui se plaisaità son entretien et recevait de lui en présent des produitscurieux de son industrie 1 . Devenu riche dans un lieu deservitude, Hugues de Saint-Pierre supportait impatiem-ment le contraste de sa fortune acquise, avec l'état socialqu’il lui fallait partager, et il désirait une condition pluslibre pour lui-même et pour ses concitoyens. Cette penséegénéreuse n’était pas exempte d’ambition personnelle, etil semble que, dans ses rêves politiques, l’artisan deVézelay se voyait d’avance élevé au premier poste d’ungouvernement municipal. Témoin des longs démêlés ducomte Guillaume II avec l’abbé de Sainte-Madeleine,Hugues de Saint-Pierre fondait sur le retour de cette luttel’accomplissement de ses espérances > et il faisait de sonmieux auprès du jeune Guillaume III pour l’exciter àraviver la querelle et à prendre l’otfensive. Il lui conseil-lait de s’emparer du droit de justice sur les bourgeois deVézelay, soit en jugeant les procès pendants devant la courabbatiale, soit en faisant saisir quelque délinquant justi-ciable de l’abbaye, et il lui assurait que les bourgeois,s’ils avaient à choisir, n’hésiteraient pas un seul momententre les deux juridictions 2 .
1 Erat autem Vizeliaco quidam qui dicebalur Hugo de S. Petro,advena, genere et moribus ignobilis, quem natura inopem protulerat,sed manus arte docta mechanica locupletem effecerat. Is ut erat aceringenio... (Hist. Viseliac. monast., lib. m, apud L. d’Acbery, Spicil., t. II,p. 526, col. I.) — Il est évident que les mots arte mechanica ont ici le sensspécial que leur donnaient les Romains, et désignent, non une profes-sion manuelle en général, mais le métier de constructeur de machines.Les qualités d’esprit attribuées à Hugues de Saint-Pierre et sa richesse nepeuvent se comprendre que s’il s’agit d’un ouvrier artiste fort prisé pourson intelligence et dont le travail était chèrement rétribué. Vo,y. For-cellini, Lalinilatis Lexicon, au mot mechanicus.
2 ...Comitem modo muneribus illiciebat, modo fraudulentis spebusanimabat, quatenus extorqueret ab Ecclesia jus justiciæ, seu judicii diri»