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LETTRE XXII.
En même temps il tâchait d’inspirer à ses concitoyensla passion de la liberté et la haine du pouvoir temporelde l’abbaye. Il réunissait les plus ardents et les plus cou-rageux dans des assemblées secrètes 1 ; là, sans doute, onrappelait avec orgueil les exemples déjà donnés par 1Yézelay de résistance à l’oppression, deux émeutes, dansl’une desquelles, vers l’année 1103, un abbé avait péri 2 ,et dont l’autre amena, en 1137, une transaction entrel’abbaye et les bourgeois. On s’élevait contre l’insuffisancede cet acte qui, en faisant au bourg de larges concessionssur la main-morte, avait refusé le droit d’élire annuel-lement quatre répartiteurs des tailles, demande née d’unpremier désir de garanties contre l’arbitraire et d’organi-sation municipale 3 . Ces assemblées, tenues mystérieu-sement, causèrent une grande fermentation dans lesesprits; la soumission traditionnelle au pouvoir de l’abbé
mendi vel examinandi causas hominum Vizeliacensium. Sperabat enimnefandissimus homo toti se principari vico, si pergratiam tyranni jurisjudieii sibi daretur optio. ( Hist. Vizeliac. monasl., lib m, apud L. d’AcherySpicil., t. H, p. 526, col. 1.)
1 ...Quare nonnulos pravitate sui similes clandestinis conciliabulisliuic maügnitatis proposito sibi associabat, ut sub specie libertatis pro-ditionem meditarentur... ( Ibid.)
2 II s’agit de l'abbé Artaud, dont le meurtrier fut un nommé Simon,fils d’Eudes,prévôt du bourg et serf de l’église de Vézelay. Voyez ci-après,p. 344, ou Hifitoria Vizeliacensis Monasterii, lib. iv, apud ibid, t. Il,
]). 543, col. 4. Ce fut l’abbé Aubri, second successeur d’Artaud, qui fit latransaction de 4137.
3 Cette pièce très-curieuse a été publiée dans VAnnuaire du départementde l’Yonne pour 4845, p. 56 et suiv. — Outre la demande de contrôle surla perception des tailles au moyen de quatre élus, les bourgeois firentcelle d’intervenir corne arbitres dans les plaintes élevées contre l’abbayepar les paysans de ses domaines, celle d’un taux réglé pour la locationdes comptoirs de changeurs et de merciers, et celle de pouvoir dressersur les places des étalages sans rien payer. Ces demandes, qui furenttoutes repoussées en 4137, sont, par leur nature même, un signe de ten-dance au régime de la municipalité libre. Voy. la Charte de transaction,Annuaire de l’Yonne, 4845, p. 66, 67, 69, 70 et 72.