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LETTRE XXII.
une grande gêne. Ils éclatèrent en plaintes contre l’abbé,qu’ils accusaient d’avoir causé tout le mal par son obs-tination; ils allaient même jusqu’à dire qu’ils ne levoulaient plus pour seigneur, et tenaient publiquementce propos et d’autres du même genre*.
Lorsque le comte, informé par Hugues de Saint-Pierre,apprit dans quel état de fermentation les esprits étaient àVézelay, il en conçut de grandes espérances pour la réus-site de ses projets 1 2 . Il y avait entre lui et les mécontentscommunauté d’intérêts contre l’abbaye, quoique le butfinal fût différent ; d’un côté un accroissement de fran-chises, de l’autre une acquisition de pouvoir. Une alliancepouvait donc se conclure, alliance inégale toutefois, etdont le péril, en cas de revers, devait retomber, non surle grand feudataire, mais sur la petite ville entraînée danssa cause par une espérance de liberté 3 . Le comte serendit à Vézelay afin de parler lui-même aux bourgeoiset de traiter avec eux; mais, à son arrivée, les moines,adroits politiques, l’accueillirent si respectueusement, etlui promirent tant de déférence à l’avenir, qu’ils le ga-gnèrent malgré lui, et l’obligèrent à leur accorder unetrêve. Pour le mieux lier encore, l’abbé, qui devait serendre à Rome, lui remit tous ses droits seigneuriaux etle soin de ses intérêts durant son absence. Il s’engageamême envers lui à demander au pape que les sujets de
1 ...Dicentes auctorem simul et causam malorum omnium esse Abba-tem... Felices demum se ac beatos fore prædicabanl, si rejecto Eccie-siæ jugo sese manciparent Comitis arbitrio. {Ilist. Yiseliac. monast ., lib. m,apud L. d’Achery Spicil., t. Il, p. 527, col. 1.)
2 Nec laluit Comitem talia eos invicem mussitare, Hugone profanoimpia consilia sibi perferente. ( Ibid.)
3 ...Non dubium quin potior et copiosior pars eorum sibi favens pro-iimis manum deditionis ei daret: recompensuto fœdere, quo proteclio-nem et auxilium suum eis ubique præstaret, venit Vizeliaco... ( Ibid.)