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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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ÉLOGE

la valeur obstinée qui lui était habituelle, eut trois chevauxtués sous lui, et périt de la main de loflicier qui commandaitcette expédition.

Marie de Chantal navait encore que cinq mois et demi quandelle perdit ce père quelle ne devait pas connaître. Peu dan-nées après, sa mère lui fut enlevée ; elle demeura sous la tu-telle de son aïeul maternel, et ensuite sous celle de son onclelabbé de Coulanges, quelle a immortalisé par le nom de Bien-bon.

La jeune Marie annonçait un esprit peu commun, une mé-moire heureuse, une vive et prompte intelligence; on cultivaavec soin ces brillantes dispositions ; elle apprit le latin, lita-lien, lespagnol; Ménage et Chapelain furent ses maîtres; etpeut-être cette éducation, ne se faisait pas sentir lintluencedune femme, a-t-elle contribué à ce tour libre et hardi de sonesprit et de son style dont on est parfois étonné.

Elle navait que dix-sept ans quand elle épousa Henri de-vigné. Jeune, brave, bien fait, bon gentilhomme, ce mari luilit espérer peut-être un bonheur quelle fut loin de trouver prèsde lui. Elle était de ces âmes droites qui ont besoin de sentirleurs affections daccord avec leurs devoirs, et dut souffrir dene pouvoir estimer ce quelle aimait; lui, au rebours, estimaitsa femme et ne laimait point, tout en convenant quelle pouvaitparaître fort agréable à tout autre.

Quon ne soit point étonné quavec tant de moyens de char-mer, madame de Sévigné nait pu plaire à son mari ; le mar-quis, tout jeune encore, se trouvait jeté dans la société de cespetits-maîtres dont les bruyantes et grossières folies avaientsuccédé, par une sorte de réaction fréquente, au ton guindéque les mœurs timorées du feu roi, la galanterie espagnole,mise à la mode par la reine Anne dAutriche, et le goût dugrand cardinal pour les raffinements de métaphysique amou-reuse, avaient imposé à la cour de Louis XIII. Lhôtel de Ram-bouillet seul conservait la tradition de ces adorations respec-tueuses, de ce servage avoué, reste de notre ancienne cheva-lerie, auquel sétaient longtemps soumis (notre histoire en faitfoi ) les plus fiers et les moins doucereux de nos pères : « Je« portais ces couleurs en lhonneur dune dame dont jétais le« serviteur, quand je me trouvais de loisir, » dit quelque partle brave Montluc.