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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

Le marquis de Sévigné, brusque, étourdi, sans lettres, gâtépar ses compagnons de plaisir, et par Ninon, qui lui enseignasans doute à ériger en principes les désordres auxquels il selivrait par entrainement ou par insouciance, ne pouvait guèresaccommoder dune précieuse telle que sa femme : « Il aima« partout, dit Bussy, et naima jamais rien de si aimable« quelle.»

Dans le cours de ses folies, le chevalier dAlbret, quil avaitsupplanté près dune madame de Gondran, dont il était amou-reux, lui chercha querelle ; il se battit, fut blessé, et mourutle lendemain, désespéré de quitter le monde dans la fleur desa jeunesse, laissant à sa veuve deux enfants en bas âge, unefortune en désordre, et un abîme de dettes.

Se trouver seule à vingt-quatre ans en face de la vie avec untel fardeau, cétait pour abattre un courage ordinaire, maisnon celui de madame de Sévigné. Elle avait fait du mariageune triste épreuve, quelle nétait pas tentée de renouveler.Déçue dans sa première affection, tout ce qui y ressemblaitdut lui inspirer cette défiance craintive qui perce parfois dansses lettres. «Je ne sais de quoi votre amitié ma gardée, écrit-« elle à sa tille : mais quand ce serait de feu et deau, elle ne« me serait pas plus chère. Il y a des temps jadmire quon« veuille seulement laisser entrevoir quon ait été capable dap-« procher à neuf cents lieues dun cap. »

Elle tourna toutes ses pensées sur ses enfants. Assurer leuravenir et rétablir leur fortune, lui parut une tâche suffisantepour remplir toute sa vie ; labbé de Coulanges laida à laccom-plir, et dès ce moment ne la quitta plus; car madame deSévigné se déliait de ses propres forces, elle sentendait mer-veilleusement à employer celles des autres: « Je nai pas beau-« coup de lumières, mais je suis sage et docile,» disait-elle.Elle aurait ajouter : aimable et reconnaissante ; ce qui faisaitquon avait plaisir à la servir, et que le zèle de ses amis ne sefatiguait point.

Quand, avec le secours du Bien-bon, elle eut gagné des pro-cès, remis ses terres en bon état et payé ses dettes, elle se re-donna à ce monde brillant et poli qui était fait pour elle, commeelle était faite pour lui. Cest alors que ses amis, la voyantarriver dans le fond de son carrosse tout ouvert, entourée deses deux beaux enfants, la comparaient à Lalone entre le jeune