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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE &ÉVIGNË.

IS

« tiens » (je ne laurais point osé dire). Enfin, Corbinelli veutlui faire goûter Cicéron, « qui excellait comme elle dans le genre« épistolaire. » Elle-même nignorait pas ce quelle valait à cetégard, et disait à madame de Grignan, pour louer le style dequelquun : a Elle écrit comme nous. »

Madame de Sévigné navait pas sans doute lambition doccu-per la postérité; elle exprime même assez gaiement quelque part,à propos des louanges que lui donne sa fdle, la peur de se voirun jour imprimée; mais on sent en elle ce besoin et cette con-science du bien faire qui préside à toute œuvre dart ; seulement,comme sa fille est ce quelle aime le plus, le plaisir de sa fille cequelle désire le plus, lestime de sa fille ce qui la flatte le plusau monde, elle lui consacre avec joie tout ce quelle a de meil-leur, « la fleur de son esprit, le dessus de tous ses paniers: »sentiment compris de toutes les femmes, et qui, peut-être, en aperdu plus dune, en loi faisant préférer à lapprobation du mondecelle de lobjet de ses affections.

Cest donc en quelque sorte comme le journal de son époquequil faut considérer les Lettres de madame de Sévigné. Elles ontce vivant intérêt qui tient à limpression des choses présentes,cet au jour le jour qui ne se trouve déjà plus dans les Mémoires, les faits ont subi linfluence du temps, et dune pensée hu-maine qui leur imprime une factice unité. Elles offrent enfin cetteabondance et cette diversité de matière qui, selon lespace ou lecaprice, reproduit en peu de mots un évènement important, oufait quelque chose dune bagatelle. Mais son journal, à elle,nest point une froide et sèche gazette : « cest la feuille qui« chante, » cest le miroir brillant et fidèle se reflète, en quel-que sorte, tout un siècle, au point de vue dune grande dame,instruite, spirituelle et sensée. La cour et le monde, Paris et laprovince, les hommes et les choses, tout y est peint dun traitnet et précis, et dune vive couleur.

Au dehors, les victoires de Sobieski, qui sauvaient la chré-tienté, et la mort de Monmouth, qui vengeait la puissanceroyale ; la fortune prudente et croissante du prince dOrange,et les imprudentes infortunes du roi Jacques dAngleterre; en-fin, le retentissement de toutes les guerres de Louis XIV, de-puis le commencement de ses triomphes jusquau commence-ment de ses revers.

Au dedans, les changements de ministères (moins fréquents