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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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ÉLOGE

ligieuse se mêlait partout à la loi civile, le protestantisme nepouvait exister sans combat. Déjà on lui avait retiré pièce àpièce la plupart des garanties et des concessions accordées parlédit de Nantes ; il ne restait plus quun coup à frapper pourrétablir lunité religieuse du royaume. Quoi que nous en puis-sions penser aujourdhui, celte mesure paraît avoir été géné-ralement approuvée des contemporains ; les violences seulesdont elle fut accompagnée soulevèrent le blâme des âmes géné-reuses : madame de Sévigné était de ce nombre; elle aimaitmieux voir envoyer à Montpellier le père Bourdaloue que lesdragons.

Catholique sincère, quoique moins orthodoxe quelle nauraitvoulu lêtre, ne séparant point la morale du dogme, et, aveccette droiture desprit et de cœur qui la caractérisait, ne con-cevant pas quon pût allier une croyance chrétienne à une con-science complaisante, le jansénisme avait lattirer par sonaustérité même. Le style de ces Messieurs, comme on les appe-lait, nétait pas non plus sans influence sur un esprit asseztouché des charmes de léloquence pour demander : « Comment« peut-on aimer Dieu, quand on nentend jamais bien parler« de lui? » Ajoutez-y sa liaison avec la famille Arnauld ; la re-traite de son oncle, Renaud de Sévigné, dans ce beau désert dePort-Royal ; le penchant naturel dune belle ame et dun carac-tère indépendant pour les persécutés et les opprimés, et onconcevra facilement que madame de Sévigné dit : Je pense« comme nos frères; et si jimprimais, je dirais : Je pense« comme eux. »

Ce nest pas quelle ne trouvât moyen daccommoder Dieu etle inonde, comme on disait alors; elle ne dédaignait ni lOpéra, Proserpine la faisait penser à sa fdle, que M. de Grignanavait emportée loin delle, dans son brûlant royaume de Pro-vence; ni la Comédie, elle allait pleurer à Andromaque, etlouer le talent de sa belle-fille (la Champmeslé), un peu auxdépens de Racine et de Bajazet.

Voltaire a donné lexemple de reprocher à madame de Sévi-gné sa prédilection pour Corneille, et den conclure quellemanquait de goût : je doute que notre siècle en tire la mômeconséquence. Corneille a repris aux yeux de beaucoup de gensla prééminence quil avait perdue, et lavis de madame de Sé-vigné trouverait peut-être aujourdhui moins de contradicteurs.