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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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UK MADAME I)E SÉVIGNÉ.

l'J

Dailleurs, ne pourrait-on dire dune première admiration,comme on la dit dun premier amour :

.Elle avait, pour me charmer,

Ma jeunesse que je regrette?

Qui donc a jamais oublié le poète qui, le premier, a sympa-thisé avec nos émotions naissantes; qui nous les a nomméesdans un harmonieux langage, et nous a guidés comme par lamain dans la voie des hautes pensées et des nobles sentiments ?Et quand ce poète est le grand Corneille, quand toute une gé-nération a consacré par une acclamation universelle ces di-vines beautés qui nous transportent, qui peut effacer celte pre-mière impression dans une ame vive et sincère, et lempêcherde mesurer la hauteur du talent à lenthousiasme quil lui ins-pire?

Ce nest pas que madame de Sévigné ait jamais dénigré Ra-cine, comme on la prétendu; elle lui a même rendu une en-tière justice lors de la représentation lïEsther. Mais quand ilserait vrai quelle sest trompée dans son opinion sur lauteurde Phèdre et de Britannicus, on ne saurait oublier quelle a jugéCorneille, Molière, Pascal et La Fontaine, comme la postérité.

Un autre mérite de madame de Sévigné, cest de nous don-ner une idée exacte de la société de son temps; cette noble etspirituelle société, dans laquelle on voudrait avoir vécu, si nouschoisissions le monde et le temps se doit passer notre vie.

De fréquentes alliances, une communauté demplois et din-térêts , avaient longtemps fait de la noblesse comme une famille,et établi parmi elle une sorte dintimité qui, quelle quen soitla cause, nexistait déjà plus sous les règnes suivants. Léti-quette , rigoureuse pour tout ce qui était fonctions ou repré-sentation , semblait donner le besoin de sen affranchir dans lavie privée. Le ton était bien plus familier, la liberté des rela-tions bien plus grande quon ne peut limaginer de nos jours.Madame de Sévigné désigne les hommes de sa connaissance parleur nom tout court, ou par des surnoms de société : le Petitbon, le Charmant; elle se moque du ton cérémonieux de laprovince, qui fait que Itevel est en Bretagne monsieur le comtede Revel : quant à elle, elle ne donne de monsieur quaux ducs,et de titre quaux maréchaux.

Alors on vivait, pour ainsi dire, les uns chez les autres. «Ma-« dame de Coulanges apporte au coin de mon feu les restes de