DE MADAME DE SÊYIUNÉ.
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l'esprit était le bienvenu ; le talent donnait entrée dans ce monded’élite, et c’était un motif d’émulation. Despréaux y venait lireson Art poétique ou son Lutrin; Molière, ses Femmes savantes .là, ces hommes éminents avaient l’avantage de trouver des jugesexperts, et qui pourtant ne se piquaient point de rivalité. LesMaximes de La Rochefoucauld, les romans de madame de LaFayette, les Lettres de madame de Sévigné, ne donnaient à leursauteurs aucune prétention de métier; ils auraient cru descen-dre. Il est vrai que nos gentilshommes ont porté quelquefois jus-qu’au ridicule la vanité de n’attacher d’importance à rien, detraiter les choses d’esprit à la cavalière, de tout savoir sans avoirrien appris, dont Molière, à qui rien n’échappe, s’est moqué lepremier. Toutefois, cette prétention tournait au profit des vraislittérateurs.
Il faut le dire cependant ; si, dans celte société, les qualitésétaient plus saillantes, les vices se montraient aussi plus gros-siers et moins déguisés. L’escroquerie au jeu, encore admisedans la jeunesse du chevalier de Gramont, commençait à n’êtrcplus tolérée; mais on voyait un marquis de Pomenars, chargéde procès criminels pour rapt, fausse monnaie et autres gentil-lesses, se présenter hardiment partout, sans en être plus malreçu ; plaisantant du danger que courait sa tète, et jurant de nese faire plus la barbe, qu’il ne sût à qui elle devait rester. Cespeccadilles n’empêchaient pas d’être honnête homme, c’est-à-dire,suivant la définition de Bussy, un homme poli et qui sait vivre.
Je ne sais si alors la vie était plus longue ou mieux distri-buée; mais, malgré l’attrait de la société, les devoirs de la Cour,les amusements du monde, on trouvait du temps pour la re-traite et la méditation. Le carême arrivé, on suivait les officeset les sermons ; on allait de temps à autre dans cette belle ab-baye de Livry, guetter « ces petits commencements de bruits et« d’air du printemps, ces premiers chants des fauvettes, des« mésanges et des roitelets ; assister au triomphe du mois de« mai, » ou jouir « de ces beaux jours de cristal de l’automne,« qui ne sont plus chauds, qui ne sont pas froids, » et revêtentles arbres « d’un riche et magnifique brocart d’or, plus beau que« le vert de Tété. » On pensait à sa tille, en revenant le soir auxrayons de la belle maîtresse d'Endymion; puis le guidon partaitpour l’armée; il fallait trouver de l’argent pour fournir aux équi-pages ; on courait en Bourgogne, dans le vieux château de ses