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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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ÉI.OOE

pères, afin de vendre ses blés, à bas prix quelquefois, pour sètretrop pressé.

Puis, voici que les Étals appellent en Bretagne la douairièrede Sévigné: on se met en roule dans sa voiture, quon ne quittepas même pour descendre cette belle rivière de Loire. On séta-blit commodément sur le bateau, dans ce cabinet de nouvelleespèce, jouissant des admirables points de vue qui passent de-vant les portières ouvertes; et tandis que le Bien-bon dit son bré-viaire, ou soccupe des beaux yeux de sa cassette, on lit quelquespages des Croisades du P. Maimbourg, qui nous plaisent peu,car nous naimons pas le style jésuite. On écrit sur ses genouxà cette chère fille, retenue, comme la belle Madelonne, dans sonchâteau de Provence; on la plaint davoir à soutenir le train dece royal château, lon se croit dans la solitude quand il nesy trouve pas plus de cent personnes, tant maîtres que domes-tiques. On admire quon puisse si bien courir sans jambes, et lonprie Dieu que ce miracle puisse durer. On sarrête en cheminchez quelques amis : à Rennes, la bonne Marbœuf veut nousavaler, nous retenir, nous loger; mais on a hâte de se rendreaux Rochers, de revoir ses bois, son mail, ses belles allées quona fait planter, et dont les arbres parlent comme ceux de la fo-îêt enchantée du Tasse: Bella cosafar niente, dit lun; Amorodit inertes, répond lautre. ArrivePilois, sa bêche sur lépaule;il a appris que madame la comtesse de Grignan est accouchéed'un petit gars, et vient faire son compliment, mieux reçu quecelui de toutes les madames de Vitré et de tous les chevaliers duparlement de Rennes. Madame la marquise prend plaisir à laconversation de son jardinier; elle se plaît à voir « des âmes de« paysans plus droites que des lignes, aimant la vertu comme« naturellement les chevaux trottent. » Dailleurs, il lui parlede ce quil sait et de ce quelle aime; elle sentend à diriger sestravaux, ordonne, fait planter, reste volontiers par un jour plu-vieux, plusieurs heures durant, les pieds dans la boue, ou, parun froid piquant, enveloppée de sa casaque, au milieu de dixouvriers qui lamusent, et « lui représentent au naturel ces ta-« pisseries lon peint les ouvrages de lhiver. » Heureuse,sil ne lui arrive pas de la ville quelque chienne de carrossée,ou toute une famille de Fouesnel, qui lui fait cependant sentirle prix des visites ennuyeuses, lesquelles ne vous laissent quela joie du départ.

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