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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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ÉLOGE

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la Bretagne sen va mourir, la voyant ainsi faire son testament,sans rien retenir pour elle : mais qui a le temps de les écouter,pendant que la santé du roi est portée, chapeau bas, par qua-rante gentilshommes, et tous les verres brisés après ?

Lenthousiasme passe cependant, lépoque des fermages ar-rive; mais les pauvres métayers accablés sont hors détat deles acquitter; il faut bien leur remettre ce quils ne peuventpayer, huit cents francs à celui-ci, mille à celui-, trois centsécus à lautre. La marquise plaisante de cette générosité forcée,dont elle ne songe nullement à se faire un mérite ; mais ce nestpas chez elle faiblesse ni insouciance, car elle sait à merveilledéfendre ses intérêts quand il le faut. « Je suis fâchée de faire« du mal, dit-elle; mais quand je joue à noyer, et que je me« demande qui je noie de M. La Jarie 1 ou de moi, je dis, sans« hésiter, que cest M. La Jarie. »

Plus tard, pour parer à toutes ces pertes, il faudra sarracherde Paris, pendant le séjour de cette chère fille quon ne voitjamais assez, pour revenir dans cette Bretagne; car labbé deCoulanges juge ce voyage indispensable, et jamais la voix de laraison na été méconnue par madame de Sévigné.

Plus tard encore, il faudra prendre courageusement la résolu-tion dy venir passer deux ans chez son fils, alors marié; ré-sister aux offres de service de ses amies, aux instances de ma-dame de La Fayette, qui lui dit en vain, pour leffrayer : « Vous« êtes vieille, vous vous ennuierez, votre esprit deviendra triste« et baissera. » Elle sourit de ces menaces; elle ne craint ni lasolitude, ni lennui ; elle ne redoute que de contracter des obli-gations qui la presseront dautant plus quon sera moins pres-sant avec elle, quand elle peut, au prix de quelques sacrifices,faire honneur à ses affaires, et « finir avec la même probité« quelle a commencé. »

Ainsi, à mesure quelle savance dans la vie, son caractèresemble saffermir et se perfectionner. Cette marche progressiveest celle des natures supérieures. « Je dis toujours que, si je« pouvais vivre seulement deux cents ans, je deviendrais la« plus admirable personne du monde. Je me corrige assez aisé-« ment, et je trouve quen vieillissant même, jy ai plus de fa-« cilité. Je sais quon pardonne mille choses aux charmes de la« jeunesse, quon ne pardonne point quand ils sont passés. On

* Fermier de la terre du Duron.