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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

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« grande amitié nest jamais tranquille? » Ajoutez-y les petitstiraillements inévitables qui naissent de ces différences entreune tendresse de mère et une tendresse de fille, entre un carac-tère expansif et un caractère sérieux et contenu, et surtout l'in-fluence quune santé altérée eut pendant quelques années surlhumeur de madame de Grignan. Cependant le temps, quicalme tout, apaisa ces légers discords, et cette amitié devintassez parfaite pour satisfaire même la tendre exigence de ma-dame de Sévigné.

Jai vu souvent quon était tenté den vouloir à la mère de cetteprédilection pour sa fille. On nentre point dans les raisons decette grande tendresse : nest-ce point quon aime tant madamede Sévigné, quon se sent jaloux de laffection exclusive quelleporte à madame de Grignan, et quon ne veut pas savouerquelle soit méritée? J'ai à cœur de la venger de cette petite in-justice.

Madame de Grignan était une personne dun cœur noble,dune raison ferme, plus esclave de sa conviction que de lap-probation dautrui ; un peu dindolence naturelle, la consciencede sa dignité de beauté, la préservaient des agitations de la co-quetterie. Bien que madame de Sévigné lui reprochât quellenaimait point à lire, son esprit était cultivé ; mais la littéra-ture, lhistoire même, ne lui paraissaient point une nourritureassez solide pour loccuper fortement; cest pourquoi elle avaitpris goût à Descartes et à la métaphysique. Sans avoir la verveéblouissante de celles de sa mère, ses lettres se font remarquerpar un « style juste, court, qui chemine, et qui plaît au souve-« rain degré. » On a delle une dissertation sur la doctrine delamour pur de Fénelon, remarquable par la justesse des idées,autant que par lélégante clarté de lexpression.

Comme toutes les personnes qui ont une tête froide et uneame généreuse, elle avait la passion du devoir. Douée dunegrande capacité pour les affaires, elle devint lame et le conseilde toute la famille de Grignan ; elle sépuisait à soutenir avechonneur le faste de son mari, « chez qui les fantaisies ruineuses« servaient par quartier, » et donnait sans hésiter sa signaturepour le tirer dembarras, malgré lavis de sa famille et de sesamis.

Avec nos idées daujourdhui, nous nous étonnons de voirmadame de Sévigné lui répéter sans cesse : « Aimez, aimez