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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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ÉLOGE

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« Pauline ; hélas ! on na que sa pauvre vie en ce monde : pour-« quoi donc se priver de ces petites satisfactions? » Nous necomprenons pas quil faille supplier une mère pour garder safille auprès delle, et se laisser aller à la douceur de laimer. 11 enétait ainsi pourtant. Lintérêt dune maison obérée condamnaitles filles au couvent. Ce nétait plus quen faveur de lhéritierdu nom quon osait dès lors se livrer à sa tendresse; et de quellemanière encore une mère comme madame de Grignan prouvait-elle cette tendresse ! De ce fils unique et chéri, elle faisait à seizeans un capitaine de mousquetaires ; elle lui levait elle-même unecompagnie qui était la plus belle de larmée, lui montait sonéquipage de campagne, se gênant et se ruinant pour quil nemanquât de rien, et lenvoyait risquer sa vie pour le service duroi et lhonneur de son nom. Madame de Grignan était donc àla fois « une belle et aimable femme., » et « une femme forte,« sacrifiée à tous ses devoirs, et faisant un usage admirable de« la bonté et de létendue de son esprit. » Nétait-il pas permis àsa mère de se faire gloire dune telle fille? Elle, qui se trouvait« bien habile davoir fait ce beau visage si doux, si régulier, »devait être plus fière encore davoir fait ce beau caractère, si no-ble, si grave, si solide. Ces qualités, qui lui inspiraient du res-pect, expliquent et justifient son enthousiasme. Javoue cepen-dant quen général on le comprend plus quon ne le partage : cenest peut-être que dans un cœur de mère que lestime peut de-venir un sentiment passionné.

Celui- fut le seul quéprouva madame de Sévigné ; elle yperd aux yeux de ceux qui professent le culte des passions.Qu'est-ce quune femme sans amour, par le roman effréné quicourt aujourdhui ? une créature incomplète, une chrysalide avor-tée qui na pu déployer ses ailes brillantes... Pauvre Sévigné ! nedirait-on pas que lamour qui peut contenter une ame délicatecomme la sienne, le mérite qui peut toucher un esprit lucide,franc, naturel, qui ne prend point le faux pour le vrai, sontchoses faciles à rencontrer ! Cet amour tant chanté, tant peint,tant décrit, ne ressemble-t-il pas un peu aux griffons et auxchimères de la fable, dont les images sont connues de tout lemonde, bien quon nait jamais vu la réalité?

Quoi quil en soit, en se décidant à demeurer veuve, elleavait trop de droiture et de sincérité, trop de respect pour elle-même , pour ne pas accepter loyalement toutes les conditions