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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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ÉLOGE

quun récit soit fait en peu de mots, dune manière rapide et lé-gère. Si la chose est sérieuse ou touchante, les paroles sontsimples et contenues, et leffet est dautant plus grand quelleparaît plus craindre de le chercher ; sil sagit dune bagatelle,elle accumulera volontiers, par une exagération badine, toute lapompe des expressions; elle fait un fréquent emploi de lallu-sion, la plus française des figures du langage, la plus familière,la mieux comprise parmi nous, celle qui manque le moins soneffet, depuis léchoppe jusquau palais, depuis les rassemblementsde carrefour jusquaux assemblées législatives. Cest grâce à sonsecours quelle peut citer sans pédanterie, lancer une malicedétournée, risquer une gaieté hasardeuse. Elle a enfin cette abné-gation delle-même et de son mérite, cette insouciance apparenteà laisser tomber les lleurs de son talent, qui nous plaît et nousséduit; et aussi ce goût naturel pour tout ce qui est raisonnableet régulier, qui, chez nous comme chez elle, sallie à un esprittourné au plaisant et au badin.

Cet esprit, elle lavait hérité de son père, dont Bussy disaitque tout jouait en lui. Il nélait pas rare alors de voir lesprit setransmettre avec le nom : cétait un trait de famille. Lesprit fa-cétieux des Nogents, lesprit fin et original des Mortemarts, étaitcité à la cour. Madame de Sévigné ne démentait pas la vivacitéplaisante des Rabutins; quelquefois même la force du sang lem-porte au point de ne pouvoir retenir une saillie comique, à pro-pos de la chose la plus triste ou la plus respectable ; témoin cemot : « M. de La Rochefoucauld est toujours mort; » ou cette

date dune de ses lettres : «.Jour de la Madeleine, fut

« tué, il y a bien des années, un père que javais. »

Mais ce qui nous charme surtout dans madame de Sévigné,cest le naturel; un naturel vif, gai, charmant, que rien ne con-traint ; car elle na rien à cacher, et elle l'a dit : « Rien nest« bon que davoir une belle et bonne ame ; on la voit en toutes« choses. » Cest à ce naturel quelle doit de partager avec LaFontaine le nom d'inimitable.

Je ferai observer toutefois quainsi que tous les écrivains quiont un cachet très-marqué, sil est impossible de limiter, il estfacile de la contrefaire. Un emploi détourné ou imprévu de cer-tains mots; une phrase brève et sentencieuse, jetée tout-à-coupsans transition dans le courant lluide de la période ; des tableauxrapides, chaque détail est indiqué dun seul trait, sont des