DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
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du rôle qu’elle avait embrassé. Jeune, aimable et vive, ce ne futpas sans doute sans avoir quelques combats à soutenir qu’ellepersévéra dans sa résolution; et je crois qu’elle en doit être ho-norée.
Qu’est-ce donc en effet que le libre arbitre de l’homme, sinonle droit accordé à lui seul, dans la création, de poser lui-mêmela limite où doivent s’arrêter ses penchants? C’est alors seule-ment qu’il sent sa force ; car ce qui est fort, ce n’est pas ce quicède, c’est ce qui résiste ; c’est alors qu’il fait acte de liberté, devolonté, de puissance enfin ; cela seul est à lui : ses besoins, sesaffections môme lui sont communs avec les animaux ; seul ilpeut soumettre ses besoins et ses affections aux idées éternellesd’ordre, de devoir, de justice. Plus le sacrifice est grand, plus lesentiment de son triomphe l’élève à ses propres yeux. De là cequi a été dit, que l’homme aime ce qui le gêne : oui, la gêne qu’ils’impose ou qu’il sanctionne : toute liberté humaine n’esl-ellepas une gène acceptée ou consentie?
A cette lutte secrète madame de Sévigné dut le sentiment desa force, d’où vient peut-être la hardiesse de ses paroles. Il fautcependant en mettre une partie sur le compte du ton général del’époque, beaucoup plus franc et moins raffiné qu’il ne l’a étédepuis. A mesure que la civilisation marche, la langue s’épureet se châtie ; mais parfois ce qu’elle gagne en dignité ou en déli-catesse, elle le perd en énergie et en vivacité.
La langue de nos jours est, sous ce rapport, aussi loin de lalangue de madame de Sévigné que la sienne est loin de celle dela reine de Navarre. Mais ce qui la fera vivre à jamais, c’estqu’à quelques nuances près, que le temps amène toujours, seslettres sont la conversation française passée à la forme litté-raire. Elle aime tout ce qu’on y aime, elle hait tout ce qu’on yhait ; elle déteste également les lieux communs, les formules ba-nales, qu’elle appelle des selles à tous chevaux, et les affectationsde toute espèce. Le langage recherché d’une précieuse « la jette« dans des grossièretés, de peur de lui ressembler ; » elle se rit demême du ton langoureux et sentimental, car dans le monde il estconvenu que la sensibilité ne doit pas se montrer; tout sentimenttrop fort y paraît emphatique ou ridicule ; toute personnalité y doitdisparaître. La vanité est obligée de se déguiser sous le voile de laplaisanterie: on se moque de soi «pour empêcher lesautres de s’enmoquer, » comme fait madame de Sévigné ; comme elle on aime