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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉV1GXÉ.

VeZ juger que si je vous suis inconnu, vous ne mèles pas in-connue; et quil faut que jaie eu plus dune fois lhonneur devous voir et de vous entendre, pour avoir démêlé ce qui fait envous cet agrément dont tout le monde est surpris. Mais je veuxencore vous faire voir, Madame, que je ne connais pas moins lesqualités solides qui sont en vous, que je fais les agréables donton est louché. Votre ame est grande, noble, propre à dispenserdes trésors, et incapable de sabaisser aux soins den amasser.Vous êtes sensible à la gloire et à lambition, et vous ne lêtespas moins aux plaisirs : vous paraissez née pour eux, et il sem-ble quils soient faits pour vous ; votre présence augmente lesdivertissements, et les divertissements augmentent votre beauté,lorsquils vous environnent. Enfin la joie est létat véritable devotre ame, et le chagrin vous est plus contraire quà qui que cesoit. Vous êtes naturellement tendre et passionnée; mais, à lahonte de notre sexe, celte tendresse vous a été inutile, et vouslavez renfermée dans le vôtre, en la donnant à madame de LaFayette. Ah! Madame, sil y avait quelquun au monde dassezheureux pour que vous ne leussiez pas trouvé indigne du trésordont elle jouit, et quil neût pas tout mis en usage pour le pos-séder , il mériterait de souffrir seul toutes les disgrâces à quoilamour peut soumettre tous ceux qui vivent sous son empire.Quel bonheur dêtre le maître dun cœur comme le vôtre, dontles sentiments fussent expliqués par cet esprit galant que lesdieux vous ont donné! Votre cœur, Madame, est sans doute unbien qui ne peut se mériter; jamais il ny en eut un si généreux,si bien fait et si fidèle. Il y a des gens qui vous soupçonnent dene pas le montrer toujours tel quil est ; mais, au contraire, vousêtes si accoutumée à ny rien sentir qui ne vous soit honorable,que même vous y laissez voir quelquefois ce que la prudencevous obligerait de cacher. Vous êtes la plus civile et la plusobligeante personne qui ait jamais été ; et, par un air libre etdoux qui est dans toutes vos actions, les plus simples compli-ments de bienséance paraissent en votre bouche des protesta-tions damitié ; et tous les gens qui sortent dauprès de vous senvont persuadés de votre estime et de votre bienveillance, sansquils puissent se dire à eux-mêmes quelle marque vous leur avezdonnée de lune et de lautre. Enfin, vous avez reçu des grâcesdu ciel qui nont jamais été données quà vous ; et le monde vousest obligé de lui être venue montrer mille agréables qualités qui