Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
42
JPEG-Download
 

42

LETTRES

vous ; cest pourquoi, devant que de vous perdre, donnez-moila consolation de vous mettre dans votre tort, et de vous direque cest vous qui ne maimez plus. Chantal.

2. Se Mademoiselle de Rabutin-Chantal à Ménage 1 .

Paris, jeudi.

Cest vous qui mavez appris à parler de votre amitié commedune pauvre défunte ; car, pour moi, je ne men serais jamaisavisée, en vous aimant comme je fais. Prenez-vous-en donc àvous de cette vilaine parole qui vous a déplu; et croyez que jene puis avoir plus de joie que de savoir que vous conservezpour moi lamitié que vous mavez promise, et quelle est res-suscitée glorieusement. Adieu.

Marie Chantal.

3. De Madame de Sévignô à Ménage.

Paris, dimanche 12 janvier 1 654*

Je suis agréablement surprise de votre souvenir, monsieur ; ily a longtemps que vous aviez retranché les démonstrations delamitié que je suis persuadée que vous avez toujours pour moi.Je vous rends mille grâces, monsieur, de vouloir bien les remettreà leur place, et de me témoigner lintérêt que vous prenez à monretour et à ma santé. Mon grand voyage a , dans une si rude sai-son, ne ma point du tout fatiguée, et ma santé est dune perfec-tion que je souhaiterais à la vôtre. Jirai vous en rendre compte,monsieur, et vous assurer quil y a des sortes damitié que lab-sence et le temps ne finissent jamais.

La marquise de Sévignê.

4. Au comte de Bussy.

Paris, le 14 juillet i655.

Voulez-vous toujours faire honte à vos parents? Ne vous las-serez-vous jamais de faire parler de vous toutes les campagnes?Pensez-vous que nous soyons bien aises dentendre dire que M. deTurenne mande à la cour que vous navez rien fait qui vaille àLandrecies? En vérité, cest avec un grand chagrin que nousentendons dire ces choses- ; et vous comprenez bien de quellesorte je mintéresse aux affronts que vous faites à notre maison.Mais je ne sais, mon cousin, pourquoi je mamuse à plaisanter,car je nen ai pas le loisir; et, si peu que jaie à vous dire, je ledevrais dire sérieusement. Je vous dis donc que je suis ravie du

1 Ménage avait donné des soins à léducation de mademoiselle de Chantal. De-puis quil était question du mariage de son élève, il paraissait avoir mis dans sesrelations une froideur que Marie de Babutin avait peine à s'expliquer.

* Madame de Sévigné arrivait de la Bretagne.