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LETTRES
vous ; c’est pourquoi, devant que de vous perdre, donnez-moila consolation de vous mettre dans votre tort, et de vous direque c’est vous qui ne m’aimez plus. Chantal.
2. Se Mademoiselle de Rabutin-Chantal à Ménage 1 .
Paris, jeudi.
C’est vous qui m’avez appris à parler de votre amitié commed’une pauvre défunte ; car, pour moi, je ne m’en serais jamaisavisée, en vous aimant comme je fais. Prenez-vous-en donc àvous de cette vilaine parole qui vous a déplu; et croyez que jene puis avoir plus de joie que de savoir que vous conservezpour moi l’amitié que vous m’avez promise, et qu’elle est res-suscitée glorieusement. Adieu.
Marie Chantal.
3. De Madame de Sévignô à Ménage.
Paris, dimanche 12 janvier 1 654*
Je suis agréablement surprise de votre souvenir, monsieur ; ily a longtemps que vous aviez retranché les démonstrations del’amitié que je suis persuadée que vous avez toujours pour moi.Je vous rends mille grâces, monsieur, de vouloir bien les remettreà leur place, et de me témoigner l’intérêt que vous prenez à monretour et à ma santé. Mon grand voyage a , dans une si rude sai-son, ne m’a point du tout fatiguée, et ma santé est d’une perfec-tion que je souhaiterais à la vôtre. J’irai vous en rendre compte,monsieur, et vous assurer qu’il y a des sortes d’amitié que l’ab-sence et le temps ne finissent jamais.
La marquise de Sévignê.
4. Au comte de Bussy.
Paris, le 14 juillet i655.
Voulez-vous toujours faire honte à vos parents? Ne vous las-serez-vous jamais de faire parler de vous toutes les campagnes?Pensez-vous que nous soyons bien aises d’entendre dire que M. deTurenne mande à la cour que vous n’avez rien fait qui vaille àLandrecies? En vérité, c’est avec un grand chagrin que nousentendons dire ces choses-là ; et vous comprenez bien de quellesorte je m’intéresse aux affronts que vous faites à notre maison.Mais je ne sais, mon cousin, pourquoi je m’amuse à plaisanter,car je n’en ai pas le loisir; et, si peu que j’aie à vous dire, je ledevrais dire sérieusement. Je vous dis donc que je suis ravie du
1 Ménage avait donné des soins à l’éducation de mademoiselle de Chantal. De-puis qu’il était question du mariage de son élève, il paraissait avoir mis dans sesrelations une froideur que Marie de Babutin avait peine à s'expliquer.
* Madame de Sévigné arrivait de la Bretagne.