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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

bonheur que vous avez eu à tout ce que vous avez entrepris. Jevous ai écrit une grande lettre de Livry, que je crains bien quevous nayez pas reçue ; jaurais quelque regret quelle fût per-due , car elle me semblait assez badine.

Je me trouvais hier chez madame de Montglas 1 qui avait reçuune de vos lettres, et madame de Gouville 8 aussi : je croyais enavoir une chez moi ; mais je fus trompée dans mon attente, etje jugeai que vous naviez pas voulu confondre tant de raresmerveilles. Jen suis bien aise , et je prétends avoir un de cesjours une voiture s à part. Adieu, mon cousin : le gazetier parlede vous légèrement : bien des gens en ont été scandalisés, etmoi plus que les autres ; car je prends plus dintérêt que per-sonne à tout ce qui vous touche. Ce nest pas que je ne vousconseille de quitter Renaudot de ces éloges, pourvu que M. deTurenne et M. le cardinal soient toujours bien informés de vosactions.

S. Au comte de Bussy.

A Paris, ce *5 novembre 1 655.

Vous faites bien lentendu, M. le comte ! Sous ombre que vousécrivez comme un petit Cicéron, vous croyez quil vous est per-mis de vous moquer des gens : à la vérité, lendroit que vousavez remarqué ma fait rire de tout mon cœur; mais je suisétonnée quil ny eût que cet endroit de ridicule, car, de lamanière dont je vous écrivis, cest un miracle que vous ayezpu comprendre ce que je voulais vous dire, et je vois bien queneffet vous avez de lesprit, ou que ma lettre est meilleure que jene pensais : quoi quil en soit, je suis bien aise que vous ayezprofité de lavis que je vous donnais.

On ma dit que vous sollicitiez de demeurer sur la frontièrecet hiver ; comme vous savez, mon pauvre comte, que je vousaime un peu rustaudement, je voudrais quon vous laccordât ;car on dit quil ny a rien qui avance tant les gens, et vous nedoutez pas de la passion que jai pour votre fortune ; ainsi,quoi quil puisse arriver, je serai contente. Si vous demeurezsur la frontière, lamitié solide y trouvera son compte ; si vousrevenez, lamitié tendre sera satisfaite.

Madame de Roquelaure 4 est revenue tellement belle, quelledélit hier le Louvre à plate couture : ce qui donne une si terriblejalousie aux belles qui y sont, que par dépit on a résolu quelle

1 Elle était, en son nom, Iltirault de Chiverny, et petite-fille du chancelier. Sonmari était de la maison de Clermont.

* Lucie de Cottentin de Tourvilie, femme de Michel dArgouges, marquis deGouville.

i Allusion au talent de Voiture, dont les lettres avaient une grande célébrité.

* Charlotte-Marie de Oaillon , fille du comte de Lude.