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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉY1GNÉ.

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pensée, et jadmire quen létat je suis, vous me vouliez faireune affaire avec le roi. Mais, monsieur, vous savez bien vous-môme quon peut être surpris. Quand vous signez un arrêt, vousle croyez juste; le lendemain vous le cassez: vous voyez quonpeut changer davis et dopinion.

Mais cependant, a dit M. le chancelier, quoique vous ne re-connaissiez pas la chambre, vous lui répondez, vous lui présen-tez des requêtes, et vous voilà sur la sellette. Il est vrai, mon-sieur, a-t-il répondu, jy suis; mais je ny suis pas par ma vo-lonté, on my mène ; il y a une puissance à laquelle il fautobéir, et cest une mortification que Dieu me fait souffrir, et queje reçois de sa main : peut-être pouvait-on bien me lépargner,après les services que jai rendus et les charges que jai eu lhon-neur dexercer.

Après cela M. le chancelier a continué linterrogatoire de lapension des gabelles, M. Fouquet a très-bien répondu. Lesinterrogations continueront, et je continuerai de vous les man-der fidèlement; je voudrais seulement savoir si mes lettres voussont rendues sûrement.

Vous savez sans doute notre déroute de Gigeri 1 ; et commeceux qui ont donné les conseils veulent jeter la faute sur ceuxqui ont exécuté, on prétend faire le procès à Gadagne ; il y a desgens qui en veulent à sa tête : tout le public est persuadé pour-tant quil ne pouvait pas faire autrement. On parle fort ici deM. dAleth, qui a excommunié les officiers subalternes du roiqui ont voulu contraindre les ecclésiastiques à signer. Voilà quile brouillera avec monsieur votre père, comme cela le réuniraavec le P. Annat *.

Adieu, je sens lenvie de causer qui me prend ; je ne veux pasmy abandonner : il faut que le style des relations soit court.

7. A XVI. de Pomponne.

Le jeudi 20 novembre i66{.

M. Fouquet a été interrogé ce matin sur le marc dor; il atrès-bien répondu. Plusieurs juges lont salué ; M. le chancelieren a fait reproche, et a dit que ce nétait point la coutume, étantconseiller breton : « Cest à cause que vous êtes de Bretagne que« vous saluez si bas M. Fouquet. » En repassant par lArsenal,à pied pour se promener, M. Fouquet a demandé quels ouvriersil voyait : on lui a dit que cétaient des gens qui travaillaient àun bassin de fontaine; il y est allé, et a dit son avis, et puis

Première expédition contre Al^er.

* Confesseur de Louis XIV.