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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉV10NÊ.

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M. le chancelier a senti ce coup ; mais notre pauvre ami étaitéchauffé, et nétait pas tout-à-fait le maître de son émotion. En-suite, on lui a parlé de ses dépenses; il a dit : Je m'offre à fairevoir que je nen ai fait aucune que je naie pu faire, soit parmes revenus, dont M. le cardinal avait connaissance, soit parmes appointements, soit par le bien de ma femme; et si je neprouve ce que je dis, je consens dêtre traité aussi mal quon lepeut imaginer. Enfin, cet interrogatoire a duré deux heures,M. Fouquet a très-bien dit, mais avec chaleur et colère, parceque la lecture de ce projet lavait extrêmement touché.

Quand il a été parti, M. le chancelier a dit : Voici la dernièrefois que nous linterrogerons. M. Poncet sest approché de M. lechancelier, et lui a dit : Monsieur, vous ne lui avez pas parlédes preuves quil y a comme il a commencé à exécuter le projet.M. le chancelier a répondu : Monsieur, elles ne sont pas assezfortes, il y aurait répondu trop facilement.-dessus, Sainte-Hélène et Pussort ont dit : Tout le monde nest pas de ce sen-timent. Voilà de quoi rêver et faire des réflexions. A demain lereste.

Vendredi 5 décembre.

On a parlé ce matin des requêtes, qui sont de peu dimpor-tance, sinon autant que les gens de bien y voudront avoir égarden jugement. Voilà qui est donc fait : cest à M. dOrmesson àparler, il doit récapituler toute laffaire : cela durera encore toutela semaine prochaine, cest-à-dire quentre-ci et ce nest pasvivre, que la vie que nous passerons. Pour moi, je ne suis pasreconnaissable, et je ne crois pas que je puisse aller jusque-.M. dOrmesson ma priée de ne le plus voir que laffaire ne soitjugée ; il est dans le conclave, et ne veut plus avoir de commerceavec le monde. 11 affecte une grande réserve; il ne parle point,mais il écoute ; et jai eu le plaisir, en lui disant adieu, de luidire tout ce que je pense. Je vous manderai tout ce que jappren-drai. Eh ! Dieu veuille que ma dernière nouvelle soit bonne ! jela désire. Je vous assure que nous sommes tous à plaindre;jentends vous et moi, et ceux qui en font leur affaire commenous. Adieu, mon cher monsieur ; je suis si triste et si accabléece soir, que je nen puis plus.

12. A M. de Pomponne.

Mardi 9 décembre 1664.

Je vous assure que ces jours sont bien longs à passer, et quelincertitude est une épouvantable chose : cest un mal que toutela famille du pauvre prisonnier ne connaît point. Je les ai vus,je les ai admirés. 11 semble quils naient jamais su ni lu ce qui