DE MADAME DE SÉVISSE.
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cipale, qu’on a le secret du prince, et que tout d’un coup on semet du côté de ses ennemis; qu’on engage toute sa familledans les mêmes intérêts ; qu’on fait ouvrir les portes des villesdont on est gouverneur à l’armée des ennemis, et qu’on la fermeà son véritable maître ; qu’on porte dans le parti tous les secretsde l’État. Voilà, Messieurs, ce qui s’appelle un crime d’État.M. le chancelier ne savait où se mettre, et tous les juges avaientfort envie de rire '. Voilà au vrai comme la chose se passa.Vous m’avouerez qu’il n’y a rien de plus spirituel, de plus dé-licat, et même de plus plaisant.
Toute la France a su et admiré cette réponse. Ensuite il sedéfendit en détail, et a dit ce que je vous ai mandé. J’aurais eusur le cœur que vous n’eussiez point su cet endroit; notre cherami y aurait beaucoup perdu. Ce matin, M. d’Ormesson a com-mencé à récapituler toute l’affaire; il a fort bien parlé, et fortnettement. Il dira jeudi son avis. Son camarade parlera deuxjours: on prend quelques jours encore pour les autres opinions.
Il y a des juges qui prétendent bien s’étendre ; de sorte que nousavons encore bien à languir jusqu’à la semaine qui vient. Envérité, ce n’est pas vivre que d’être en l’état où nous sommes.
Mercredi 10 décembre.
M. d’Ormesson a continué la récapitulation du procès; il a faitdes merveilles, c’est-à-dire il a parlé avec une netteté, une in-telligence et une capacité extraordinaires. Pussort Ta inter-rompu cinq ou six fois, sans autre dessein que de l’empêcherde si bien dire; il lui a dit, sur un endroit qui paraissait fortpour M. Fouquet : « Monsieur, nous parlerons après vous, nousparlerons après vous. »
13 . A M. de Pomponne.
Jeudi ü décembre 1664.
M. d’Ormesson a continué encore. Quand il est venu sur uncertain article du marc d’or, Pussort a dit : Voilà qui est contrel’accusé. Il est vrai, a dit M. d’Ormesson; mais il n’y a pas depreuves. Quoi ! a dit Pussort, on n’a pas fait interroger ces deuxofficiers-là? Non, a dit M. d’Ormesson. Ah ! cela ne se peut pas,a répondu Pussort. Je n’en ai rien trouvé dans le procès, a ditM. d’Ormesson. Là-dessus Pussort a dit avec emportement: Ah!monsieur, vous deviez le dire plus tôt; voilà une lourde faute.M. d’Ormesson n’a rien répondu; mais si Pussort lui eût dit en-core un mot, il lui eût répondu : Monsieur, je suis juge, et nonpas dénonciateur. Ne vous souvient-il plus de ce que je vous’
1 Fouquet faisait allusion a la conduite du chancelier Séjjuicr pendant les trou-bles de la Fronde,