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LE!TRES
contai une fois à Fresnc? Voilà ce que c’est: M. d’Ormesson n’adécouvert cela que lorsqu’il n’y a point eu de remède. M. le chan-celier a interrompu plusieurs fois encore M. d’Ormesson; il luia dit qu’il ne fallait point parler du projet, et c’est par malice;car plusieurs jugeront que c’est un grand crime, et le chanceliervoudrait bien que M. d’Ormesson n’en fit point voir les preuves,qui sont ridicules, afin de ne pas affaiblir l’idée qu’on a vouludonner.
Mais M. d’Ormesson en parlera, puisque c’est un des articlesqui composent le procès. Il achèvera demain. Sainte-Hélène par-lera samedi. Lundi, les deux rapporteurs diront leur avis, etmardi ils s’assembleront tous dès le matin, et ne se séparerontpoint qu’après avoir donné un arrêt. Je suis transie quand jeuense à ce jour-là. Cependant la famille a de grandes espérances.Foucault 1 va solliciter partout, et fait voir un écrit du roi, oùon lui fait dire qu’il trouverait fort mauvais qu’il y eût des ju-ges qui appuyassent leur avis sur la soustraction des papiers;que c’est lui qui les a fait prendre ; qu’il n’y en a aucun qui serveà la défense de l'accusé.; que ce sont des papiers qui touchentson état, et qu’il le déclare, afin qu’on ne pense pas juger là-dessus. Que dites-vous de tout ce bon procédé? N’êtes-vous pointdésespéré qu’on fasse la chose de cette façon à un prince qui ai-merait la justice et la vérité, s'il les connaissait? Il disait l’autrejour, à son lever, que F’ouquet était un homme dangereux ; voilàce qu’on lui met dans la tète. Enfin, nos ennemis ne gardentplus aucune mesure : ils vont à présent à bride abattue; les me-naces , les promesses, tout est en usage ; si nous avons Dieupour nous, nous serons les plus forts. Vous aurez peut-être en-core une de mes lettres, et si nous avons de bonnes nouvelles,je vous les manderai par un homme exprès à toute bride. Je nesaurais dire ce que je ferai si cela n’est pas; je ne comprendspas moi-même ce que je deviendrai. Mille compliments à notresolitaire et à votre chère moitié. Faites-bien prier Dieu.
Samedi 1 3 décembre.
On a voulu, après avoir bien changé et rechangé, que M. d’Or-messon dît son avis aujourd’hui, afin que le dimanche passâtpar-dessus, et que Sainte-IIélône, recommençant lundi sur nou-veaux frais, fit plus d’impression. M. d’Ormesson a donc opinéau bannissement perpétuel, et à la confiscation de ses biens auroi. M. d’Ormesson a couronné par là sa réputation. L’avis estun peu sévère ; mais prions Dieu qu’il soit suivi. Il est toujoursbeau d’aller à l’assaut le premier.
Ce Foucault éiail le greffier de la chambre de l’Arsenal.