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LETTRES
si honnêtement. Pour moi, je saute aux nues quand je pense àcette infamie. Je ne sais si on jugera demain, ou si l’on traî-nera l’affaire toute la semaine. Nous avons encore de grandessalves à essuyer ; mais peut-être que quelqu’un reprendra l’a-vis de ce pauvre M. d’Ormesson, qui jusqu’ici a été si mal suivi.Mais écoutez, je vous prie, trois ou quatre petites choses quisont très-véritables, et qui sont assez extraordinaires. Première-ment, il y a une comète qui paraît depuis quatre jours: au com-mencement , elle n’a été annoncée que par des femmes, on s’enest moqué; mais à présent tout le monde l’a vue. M. d’Artagnanveilla la nuit passée, et la vit fort à son aise. M. de Neuré,grand astrologue, dit qu’elle est d’une grandeur considérable.J’ai vu M. du Foin, qui l’a vue avec trois ou quatre savants.Moi, qui vous parle, je fais veiller cette nuit pour la voir aussi :elle paraît sur les trois heures; je vous en avertis, vous pou-vez en avoir le plaisir ou le déplaisir.
Berrier est devenu fou, mais au pied de la lettre ; c’est-à-direqu’après avoir été saigné excessivement, -il ne laisse pas d’êtreen fureur ; il parle de potences, de roues ; il choisit des arbresexprès; il dit qu’on le veut pendre, et fait un bruit si épouvan-table , qu’il le faut tenir et lier. Voilà une punition de Dieu as-sez visible et assez à point nommé. Il y a un nommé Lamothequi a dit, sur le point de recevoir son arrêt, que MM. de Bezé-maux, gouverneur de la Bastille, et Chamillàrt (on y met Poncet,mais je n’en suis pas si assurée), l’avaient pressé plusieurs foisde parler contre M. Fouquetet contre de Lorme; que moyennantcela ils le feraient sauver, et qu’il ne l’a pas voulu, et le déclareavant que d’être jugé. Il a été condamné aux galères. Mes-dames Fouquet ont obtenu une copie de cette déposition, qu’ellesprésenteront demain à la chambre. Peut-être qu’on ne la re-cevra pas, parce que l’on est aux opinions; mais elles peuventle dire; et comme ce bruit est répandu, il doit faire un grandeffet dans l’esprit des juges. N’est-il pas vrai que tout ceci estbien extraordinaire?
Il faut que je vous raconte encore une action héroïque de Mas-nau : il était malade à mourir il y a huit jours, d’une colique né-phrétique; il prit plusieurs remèdes, et se fit saigner à minuit.Le lendemain, à sept heures, il se fit traîner à la chambre dejustice; il y souffrit des douleurs inconcevables. M. le chancelierle vit pâlir; il lui dit : Monsieur, vous n’en pouvez plus, retirez-vous. Il lui répondit: Monsieur, il est vrai; mais il faut mouririci. M. le chancelier, le voyant quasi s’évanouir, lui dit, le voyants’opiniâtrer : lié bien, monsieur, nous vous attendrons. Sur celail sortit un quart d’heure ; et dans ce temps il fit deux pierresd’une grosseur si considérable, qu’en vérité cela pourrait passer