LETTRES
C>2
Bernard, Renard, Voisin, Pontcliartrain, et le chancelier. 11 y ena plus qu’il ne nous en faut de bons, à ce reste-là.
Samedi.
Louez Dieu, monsieur, et le remerciez, notre pauvre ami estsauvé : il a passé de treize à l’avis de M. d’Ormesson, et neuf àcelui de Sainte-Hélène. Je suis si aise, que je suis hors de moi *.
Dimanche au soir.
Je mourais de peur qu’un autre que moi vous eût donné leplaisir d’apprendre la bonne nouvelle. Mon courrier n’a pas faitune grande diligence ; il avait dit en partant qu’il n'irait cou-cher qu’à Livry. Enfin il est arrivé le premier, à ce qu’il m’a dit.Mon Dieu ! que cette nouvelle vous a été sensible et douce, etque les moments qui délivrent tout d’un coup le cœur et l’espritd’une si terrible peine, font sentir un inconcevable plaisir! Delongtemps je ne serai remise de la joie que j’eus hier; tout debon, elle est trop complète ; j’avais peine à la contenir. Le pauvrehomme apprit cette nouvelle par l’air *, peu de moments après,et je ne doute pas qu’il ne l’ait sentie dans toute son étendue.Ce matin le roi a envoyé son chevalier du guet à mesdames Fou-quet, leur recommander de s’en aller toutes deux à Montluçonen Auvergne, le marquis et la marquise de Charost à Ancenis,et le jeune Fouquet à Joinville en Champagne. La bonne femmea mandé au roi qu’elle avait soixante et douze ans; qu’elle sup-pliait Sa Majesté de lui donner son dernier fils, pour l'assistersur la fin de sa vie, qui apparemment ne serait pas longue. Pourle prisonnier, il n’a point encore su son arrêt. On dit que demainon le fait conduire à Pignerol 3 ; car le roi change l’exil en uneprison. On lui refuse sa femme, contre toutes les règles. Mais
* Bureau de la commission qui jugea Fouquet :
BONS.*' CONTRAIRES
D’Ormesson.
Sainte-Hélène.
I.e Feron.
Pussort.
Moussy.
Gisaucourt.
lïrillae.
Fériol.
Renard.
Nogués.
Bernard.
Héraut.
Roquesante.
Poncet.
La Toison.
Voisin.
La Baume.
Le chancelier.
Verdier.
Masnau.
Catinat.
Pontchartrain.
* Par des signaux.
3 C’était commuer la peine en une peine plus grave, contrairement aux principesde notre législation.