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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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1>E MADAME DE SÉVIGNÉ.

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Vendredi au soir.

Il me semble, par vos beaux remerciements, que vous medonniez mon congé ; mais je ne le prends pas encore. Je pré-lends vous écrire quand il me plaira; et dès quil y aura des versdu Pont-Neuf et autres, je vous les enverrai fort bien. Notrecher ami est par les chemins. Il a couru un bruit quil était bienmalade; tout le monde disait : Quoi! déjà... On disait encoreque M. dArtagnan avait envoyé demander à la Cour ce quil fe-rait de son prisonnier malade, et quon lui avait répondu dure-ment quil le menât toujours, en quelque état quil fût. Tout celaest faux ; mais on voit par ce quon a dans le cœur, et com-bien il est dangereux de donner des fondements sur quoi on aug-mente tout ce quon veut. Pecquet et Lavalée sont toujours à laBastille ; en vérité, cette conduite est admirable. On recommen-cera la chambre après les Rois.

Je crois que les pauvres exilés sont arrivés présentement àleur gîte. Quand notre ami sera au sien, je vous le manderai ;car il le faut mettre jusquà Pignerol, et plût à Dieu que de Pi-gnerol nous le puissions faire venir nous voudrions bien 1 !Et vous, mon pauvre, monsieur, combien durera encore votreexil? Jy pense bien souvent. Mille compliments à monsieur vo-tre père. On ma dit que madame votre femme est ici ; je liraivoir. Jai soupé hier avec une de nos amies ; nous parlâmes devous aller voir.

17. A Ménage.

a 3 juin 1668.

Votre souvenir ma donné une joie sensible, et ma réveillétout lagrément de notre ancienne amitié. Vos vers mont faitsouvenir de ma jeunesse, et je voudrais bien savoir pourquoi lesouvenir de la perte dun bien aussi irréparable ne donne pointde tristesse. Au lieu du plaisir que jai senti, il me semble quondevrait pleurer : mais, sans examiner d peut venir ce senti-ment , je veux mattacher à celui que me donne la reconnais-sance que jai de votre présent. Vous ne pouvez douter quil neme soit agréable, puisque mon amour-propre y trouve si bienson compte, et que jy suis célébrée par le plus bel esprit demon temps. Il faudrait, pour lhonneur de vos vers, que jeussemieux mérité tout celui que vous me faites. Telle que jai été, ettelle que je suis, je noublierai jamais votre véritable et solideamitié, et je serai toute ma vie la plus reconnaissante comme laplus ancienne de vos très-humbles servantes.

La marquise de Sêvigné.

* On croit généralement que Fouquct mourut en 1680 dans sa prison.

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