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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉV1GNÉ.

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vous croiriez que ce serait le Rabutinage qui en serait la cause :mais non ; cétait vous, cest vous encore qui mavez causé desafflictions tristes et amères, en voyant ces trois nouveaux ma-réchaux de France 1 . Madame de Villars, quon allait voir, memettait devant les yeux les visites quon maurait rendues enpareille occasion, si vous aviez voulu.

Je vous remercie de vos lettres au roi, mon cousin; elles meferaient plaisir à lire dun inconnu, elles mattendrissent; il mesemble quelles devraient faire cet effet- sur notre maître : ilest vrai quil ne sappelle pas Rabutin comme moi.

La plus jolie fille de France vous fait des compliments ; cenom me parait assez agréable ; je suis pourtant lasse den faireles honneurs.

19. Au comte de Bussy-Rabutin.

A Paris, ce 4 septembre 166S.

Levez-vous, comte; je ne veux point vous tuer à terre, oureprenez votre épée pour recommencer notre combat. Mais ilvaut mieux que je vous donne la vie, et que nous vivions enpaix. Vous avouerez seulement la chose comme elle sest passée,cest tout ce que je veux. Voilà un procédé assez honnête : vousne me pouvez plus appeler justement une petite brutale.

Je ne trouve pas que vous ayez conservé une grande tendressepour la belle qui vous captivait autrefois ; il en faut revenir à ceque vous avez dit :

A la Cour,

Quand on a perdu l'estime ,

On perd l'amour.

M. de Montausier vient dêtre fait gouverneur de M. le Dau-phin.

Je tai comblé de biens, je ten veux accabler *.

Adieu, comte. Présentement que je vous ai battu, je dirai par-tout que vous êtes le plus brave homme de France, et je conterainotre combat le jour que je parlerai des combats singuliers. Mafille vous fait ses compliments. Lopinion que vous avez de safortune nous console un peu.

1 Ces trois maréchaux étaient MM. de Créqui, de Bellefonds et d'Humières. MarieGigault de Bellefonds , marquise de Villars, était tante du maréchal de Bellefonds ,et mère de M. de Villars, qui fut maréchal de France en- 170a.

* Allusion à ces vers de Corneille dans Cinna, acte v , scène 3 :

Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler;

Je t'en avais comblé, je ten veux accabler.