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LETTRES
20. Au comte de Bussy-Rabutin.
A Paris, ce 4 décembre 166$.
N’avez-vous pas reçu ma lettre où je vous donnais la vie, etoù je ne voulais pas vous tuer à terre? J’attendais une réponsesur cette belle action : vous n’y avez pas pensé ; vous vous êtescontenté de vous relever, et de reprendre votre épée, comme jevous l’ordonnais. J’espère que ce ne sera pas pour vous en ser-vir jamais contre moi.
Il faut que je vous apprenne une nouvelle qui, sans doute,vous donnera de la joie : c’est qu’enfin la plus jolie fille deFrance épouse, non pas le plus joli garçon, mais un des plushonnêtes hommes du royaume : c’est M. de Grignan, que vousconnaissez il y a longtemps. Toutes ses femmes sont mortespour faire place à votre cousine, et même son père et son fils,par une bonté extraordinaire ; de sorte qu’étant plus riche qu’iln’a jamais été, et se trouvant d’ailleurs, et par sa.naissance, etpar ses établissements, et par ses honnêtes qualités, tel quenous le pouvions souhaiter, nous ne le marchandons point,comme on a accoutumé de faire : nous nous en fions bien auxdeux familles qui pnt passé devant nous. Il parait fort contentde notre alliance; et aussitôt que nous aurons des nouvelles del’archevêque d’Arles son oncle, son autre oncle l’évêque d’Uzèsétant ici, ce sera une affaire qui s’achèvera avant la fin de l’an-née. Comme je suis une dame assez régulière, je n’ai pas voulumanquer à vous en demander votre avis et votre approbation.Le public paraît content, c’est beaucoup : car on est si sot, quec’est quasi sur cela qu’on se règle.
Voici encore un autre article sur quoi je veux que vous mecontentiez, s’il vous reste un brin d’amitié pour moi. Je sais quevous avez mis, au bas du portrait que vous avez de moi, quej’ai été mariée à un gentilhomme breton, honoré des alliancesde Vassé et de Rabutin *. Cela n’est pas juste, mon cher cousin ;je suis depuis peu si bien instruite de la maison de Sévigné, quej’aurais sur ma conscience de vous laisser dans celte erreur. Il afallu montrer notre noblesse en Bretagne, et ceux qui en ont le
1 Cela n’était pas exact.
L’une des inscriptions dont il est question est citée à la fin de l’Éloge. Sous unautre portrait se trouvait celle-ci :
Marie de Rabutin , vive, agréable et sage,fille de Celse-Bénigne de Rabutin et deMarie de Coulanges, et femme de Henri de Sévigné.
Dans la généalogie des Rabutins, écrite par Bussy, on lisait :
Marie de Rabutin, une des plus jolies filles de France, épousa Henri de Sévigné,gentilhomme de Bretagne, ce gui fut une bonne fortune pour lui, « cause du bien etde la fortune de la demoiselle .