LETTRES
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Mais n’en parlons plus, je crois que, dans votre cœur, vous enôtes présentement persuadé.
Pour notre chevalerie de Bretagne, vous ne la connaissezpoint ; Le Bouchet, qui connaît les maisons dont je vous ai parlé,et qui vous paraissent barbares, vous dirait qu’il faut baisserle pavillon devant elles.
Je ne vous dis pas cela pour dénigrer nos Rabutins : hélas !je ne les aime que trop, et je ne suis que trop sensiblement tou-chée de ne pas voir celui qui s’appelle Roger, briller ici avec tousles ornements qui lui étaient dus; mais il se faut consoler, dansla pensée que l’histoire lui fera la justice que la fortune lui a siinjustement refusée ; il ne faut donc pas que vous me querelliezsur le cas que je fais de quelques maisons, au préjudice de lanôtre : je dis seulement des Sévignés ce qui en est et ce quej’en ai vu.
Je suis fort aise que vous approuviez le mariage de M. deGrignan : il est vrai que c’est un très-bon et un très-honnêtehomme, qui a du bien, de la qualité, une charge, de l’estimeet de la considération dans le monde. Que faut-il davantage? Jetrouve que nous sommes fort bien sortis d’intrigue. Puisquevous êtes de cette opinion, signez la procuration que je vousenvoie, mon cher cousin, et soyez persuadé que, par mon goût,vous seriez tout le beau premier à la fête. Bon Dieu ! que vousy tiendriez bien votre place ! Depuis que vous êtes parti de cepays-ci, je ne trouve plus d’esprit qui me contente pleinement,et mille fois je me dis en moi-même : Bon Dieu ! quelle diffé-rence ! On parle de guerre, et que le roi fera la campagne.
22. A M. de Grignan,
A Paris, mercredi 6 août 1670.
Est-ce qu’eu vérité je ne vous ai pas donné la plus joliefemme du monde? Peut-on être plus honnête, plus régulière?Peut-on vous aimer plus tendrement ? Peut-on avoir des senti-ments plus chrétiens? Peut-on souhaiter plus passionnémentd’être avec vous, et peut-on avoir plus d’attachement à tous sesdevoirs? Cela est assez ridicule que je dise tant de bien de mafille; mais c’est que j’admire sa conduite comme les autres, etd’autant plus que je la vois de plus près; et qu’à vous direvrai, quelque bonne opinion que j’eusse d’elle sur les chosesprincipales, je ne croyais point du tout qu’elle dût être exactesur toutes les autres au point qu’elle l’est. Je vous assure que lemonde aussi lui rend bien justice, et qu’elle ne perd aucune deslouanges qui lui sont dues. Voilà mon ancienne thèse qui mefera lapider un jour ; c’est que le public n’est ni fou ni injuste :madame de Grignan doit être trop contente de lui pour dispu-