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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÊ.

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quau 20 de ce mois : le sujet le méritait bien. Jadmire aussivotre bon esprit, et combien vous avez jugé droit, en croyant quecette grande machine ne pourrait pas aller depuis le lundi jus-quau dimanche. La modestie mempêche de vous louer à brideabattue-dessus, parce que jai dit et pensé toutes les mêmeschoses que vous. Je dis à ma fille le lundi : Jamais ceci nira àbon port jusquà dimanche ; et je voulus parier, quoique toutrespirât la noce, quelle ne sachèverait point. En effet, le jeudile temps se brouilla, et la nuée creva le soir à dix heures, com-me je vous lai mandé. Ce même jeudi, jallai dès neuf heures dumatin chez Mademoiselle , ayant eu avis quelle allait se marierà la campagne, et que le coadjuteur de Reims 1 faisait la cérémo-nie : cela était ainsi résolu le mercredi au soir ; car, pour leLouvre , cela fut changé dès le mardi 2 . Mademoiselle écrivait :elle me fit entrer, elle acheva sa lettre, et puis, comme elle étaitau lit, elle me fit mettre à genoux dans sa ruelle; elle médit àqui elle écrivait, et pourquoi, et les beaux présents quelle avaitfaits la veille, et le nom quelle avait donné; quil ny avait pointde parti pour elle en Europe, et quelle voulait se marier. Elle meconta une conversation mot à mot quelle avait eue avec le roi ;elle me parut transportée de la joie de faire un homme bienheureux ; elle me parla avec tendresse du mérite et de la re-connaissance de M. de Lauzun ; et sur tout cela je lui dis ; « Mon« Dieu, Mademoiselle, vous voilà bien contente ; mais que na-« vez-vous donc lini promptement cette affaire dès lundi ? Savez-« vous bien quun si grand retardement donne le temps à tout« le royaume de parler, et que cest tenter Dieu et le roi que de« vouloir conduire si loin une affaire si extraordinaire? » Elle medit que javais raison ; mais elle était si pleine de confiance, quece discours ne lui fit alors quune légère impression. Elle retournasur les bonnes qualités et sur la bonne maison de Lauzun. Je luidis ces vers de Sévère dans Polyeucte :

Je ne la puis du moins blâmer dun mauvais clioix ;

Poiyeucie a du nom , et sort du sany des rois.

Elle membrassa fort. Cette conversation dura une heure. 11est impossible de la redire toute ; mais javais été assurémentfort agréable durant ce temps, et je le puis dire sans vanité, carelle était aise de parler à quelquun; son cœur était trop plein,A dix heures, elle se donna au reste de la France, qui venait luifaire sur cela son compliment. Elle attendit tout le matin desnouvelles, et nen eut point. Laprès-dinée, elle samusa à faire

1 Charles-Maurice Le Tellier.

Lauzun voulait dabord être marié dans la chapelle des Tuileries.