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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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ajuster elle-même lappaitement (le M. de Montpcnsier. Le soir,vous savez ce qui arriva. Le lendemain, qui était vendredi, jal-lai chez elle; je la trouvai dans son lit; elle redoubla ses cris enme voyant; elle mappela, membrassa, me mouilla toute de seslarmes. Elle me dit : Hélas ! vous souvient-il de ce que vous medites hier? Ah ! quelle cruelle prudence ! ah ! la prudence ! Elleme fît pleurer à force de pleurer. Jy suis encore retournée deuxfois; elle est fort affligée, et ma toujours traitée comme une per-sonne qui sentait ses douleurs ; elle ne sest pas trompée. Jairetrouvé, dans cette occasion, des sentiments quon na guèrepour des personnes dun tel rang. Ceci entre nous deux et ma-dame de Coulanges; car vous jugez bien que cette causerie se-rait entièrement ridicule avec dautres. Adieu.

28. A madame de Grignan,

Paris, vendredi 6 février 1671.

Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la dépein-dre ; je ne lenlreprendrai pas aussi. Jai beau chercher ma chèretille, je ne la trouve plus, et tous les pas quelle fait léloignentde moi. Je men allai donc à Sainte-Marie toujours pleurant ettoujours mourant; il me semblait quon marrachait le cœur etlame; et en effet, quelle rude séparation ! Je demandai la libertédôtre seule : on me mena dans la chambre de madame du IIous-set, on me fit du feu; Agnès me regardait sans me parler; cé-tait notre marché : jy passai jusquà cinq heures sans cesser desangloter ; toutes mes pensées me faisaient mourir. Jécrivis àM. de Grignan, vous pouvez penser sur quel ton ; jallai ensuitechez madame de La Fayette, qui redoubla mes douleurs parlintérêt quelle y prit : elle était seule, et malade et triste de lamort dune sœur religieuse; elle était comme je la pouvais dési-rer. M. de La Rochefoucauld y vint ; on ne parla que de vous, dela raison que javais dôtre touchée, et du dessein de parlercomme il faut à Mellusine *. Je vous réponds quelle sera bien re-lancée. DHacqueville vous rendra un bon compte de cette af-faire. Je revins enfin à huit heures de chez madame de La Fayette ;mais en entrant ici, bon Dieu ! comprenez-vous bien ce que jesentis en montant ce degré? Cette chambre jentrais toujours,hélas! jen trouvai les portes ouvertes; mais je vis tout démeu-blé, tout dérangé, et votre petite fille qui me représentait lamienne. Comprenez-vous bien tout ce que je souffris? Les ré-veils de la nuit ont été noirs, et le malin je nétais point avari-

* Madame deMarans, sœur de mademoiselle deMontalais, fille d'honneur deMadame. Mellusine est te nom dune fée célèbre dans nos vieux romans, par ses crisperçants. Madame de Marans avait tenu des propos sur madame de Grignan.