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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

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cée dun pas pour le repos de mon esprit. Laprès-dinée se passaavec madame de La Troclie* à lArsenal. Le soir, je reçus voirelettre qui me remit dans les premiers transports, et ce soir ja-cliôverai celle-ci chez M. de Coulanges, japprendrai des nou-velles; car, pour moi, voilà ce que je sais, avec les douleurs detous ceux que vous avez laissés ici ; toute ma lettre serait pleinede compliments, si je voulais.

29. A madame de Grîgnan.

A Paris, lundi 9 février 1671.

Je reçois vos lettres comme vous avez reçu ma bague; jefonds en larmes en les lisant ; il semble que mon cœur veuille sefendre par la moitié; on croirait que vous mécrivez des injures,ou que vous êtes malade, ou quil vous est arrivé quelque acci-dent, et cest tout le contraire; vous maiimz, ma chère enfant,et vous me le dites dune manière que je ne puis soutenir sansdes pleurs en abondance. Vous continuez votre voyage sans au-cune aventure fâcheuse ; et lorsque japprends tout cela, qui estjustement tout ce qui me peut être le plus agréable, voilà létat je suis. Vous vous amusez donc à penser à moi, vous en par-lez, et vous aimez mieux mécrire vos sentiments que vous nai-mez à me les dire ; de quelque façon quils me viennent, ils sontreçus avec une sensibilité qui nest comprise que de ceux quisavent aimer comme je fais. Vous me faites sentir pour voustout ce quil est possible de sentir de tendresse; mais si voussongez à moi, soyez assurée aussi que je pense continuellement à vous : cest ce que les dévots appellent une pensée habituelle ;cest ce quil faudrait avoir pour Dieu, si lon faisait son de-voir : rien ne me donne de distraction ; je vois ce carrosse quiavance toujours, et qui napprochera jamais de moi : je suistoujours dans les grands chemins, il me semble que jai quel-quefois peur que ce carrosse ne verse ; les pluies quil fait de-puis trois jours me mettent au désespoir ; le Rhône me fait unepeur étrange. Jai une carte devant mes yeux ; je sais tous leslieux vous couchez : vous êtes ce soir à Nevers ; vous serezdimanche à Lyon, vous recevrez cette lettre. Je nai pu vousécrire quà Moulins par madame de Guénégaud. Je nai reçu quedeux de vos lettres ; peut-être que la troisième viendra; cest laseule consolation que je souhaite : pour dautres, je nen cher-che pas. Je suis entièrement incapable de voir beaucoup de mondeensemble ; cela viendra peut-être, mais il nen est pas question

1 Marie Godde de Varennes , veuve du marquis de la Troclie, conseiller au par-lement de Rennes.