80
LETTRES
encore. Les duchesses de Verneuil et d’Arpajon' me veulent ré-jouir; je les en ai remerciées : je n’ai jamais vu de si bellesâmes qu’il y en a dans ce pays-ci. Je fus samedi tout le jour chezmadame de Villars* à parler de vous, et à pleurer; elle entrebien dans mes sentiments. Hier je fus au sermon de M. d’Agen set au salut, et chez madame de Puisieux, et chez madame duPui-du-Fou, qui vous fait mille amitiés. Si vous aviez un petitmanteau fourré, elle aurait l’esprit en repos. Aujourd’hui je m’envais souper au faubourg, tète à tête *. Voilà les fêtes de moncarnaval. Je fais tous les jours dire une messe pour vous : c’estune dévotion qui n’est pas chimérique. Je n’ai vu Adhémar 1 * 3 4 5 6 * 8qu’un moment ; je m’en vais lui écrire pour le remercier de sonlit; je lui en suis plus obligée que vous. Si vous voulez me faireun véritable plaisir, ayez soin de votre santé, dormez dans cejoli petit lit, mangez du potage , et servez-vous de tout le couragequi me manque. Continuez à m’écrire. Tout ce que vous avezlaissé d’amitiés ici est augmenté : je ne finirais point à vousfaire des compliments, et à vous dire l’inquiétude où l’on est devotre santé.
Mademoiselle d’Harcourt fut mariée avant-hier; il y eut ungrand souper maigre à toute la famille ; hier un grand bal et ungrand souper au roi, à la reine, à toutes les dames parées: c’é.tait une des plus belles fêtes qu’on puisse voir.
Madame d’Heudicourt est partie avec un désespoir inconceva-ble, ayant perdu toutes ses amies, convaincue de tout ce quemadame Scarron avait toujours défendu, et de toutes les tralii-sons du monde e . Mandez-moi quand vous aurez reçu mes lettres.Je fermerai tantôt celle-ci. .
Lundi au soir.
Avant que d’aller au faubourg, je fais mon paquet, et je l’a-dresse à M. l’intendant à Lyon. La distinction de vos lettres m’acharmée : hélas ! je la méritais bien par la distinction de monamitié pour vous.
1 Catherine-Henriette d’Harcourt-Beuvron, troisième femme de Louis, duc d’Ar-pajon. La duchesse de Verneuil était fille du chancelier Séguier.
• Mère du maréchal duc de ce nom.
3 Claude-Joly, célèbre prédicateur , depuis évfique d’Agen.
4 Avec madame de La Fayette, rue de Vau^irard.
5 Joseph-Adhémar de Monteil, frère de M. de Grignan t connu d’abord sous lenom d 'Adhémar y fut appelé le chevalier de Grignan après la mort de Charles*Plii-lippe d’Adhémar son frère ; et s’étant marié dans la suite avec N... d’Oraison , ilreprit le nom de comte d’ddhémar.
6 ]1 paraît que, dans les lettres que madame d’Heudicourt écrivait à M. de Bé-
thune, ambassadeur en Pologne, elle rendait compte de ce qui sc passait de plus
particulier à la cour.