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LETTRES
n’est point assez pour une absence comme la vôtre. J’envoie pourcette lois cette lettre en Provence ; j’embrasse M. de Grignan,et je meurs d’envie de savoir de vos nouvelles. Dès que j’ai re-çu une lettre, j’en voudrais tout-à-l’heure une autre ; je ne res-pire que d’en recevoir.
Vous me dites des merveilles du tombeau de M. de Montmo-rency 1 , et de la beauté de mesdemoiselles de Valençai. Vousécrivez extrêmement bien, personne n’écrit mieux : ne quittezjamais le naturel, votre tour s’y est formé, et cela compose unstyle parfait. J’ai fait vos compliments à madame de La Fayette,et à M. de La Rochefoucauld, et à Langlade; tout cela vous aime,vous estime et vous sert en toute occasion. Vos chansons m’ontparu jolies; j’en ai reconnu les styles. Ali ! mon enfant, que jevoudrais bien vous voir un peu, vous entendre, vous embras-ser, vous voir passer, si c’est trop demander que le reste ! Hébien ! par exemple, voilà de ces pensées à quoi je ne résistepas. Je sens qu’il m’ennuie de ne vous plus avoir: cette sépara-tion me fait une douleur au cœur et à l'ame, que je sens commeun mal du corps. Je ne vous puis assez remercier de toutes leslettres que vous m’avez écrites sur le chemin : ces soins sonttrop aimables, et font bien leur effet aussi ; rien n’est perdu avecmoi ; vous m’avez écrit de partout : j’ai admiré votre bonté ; celane se fait point sans beaucoup d’amitié ; autrement on seraitplus aise de se reposer et de se coucher. L’impatience que j’aid’avoir encore de vos nouvelles et de Uouane et de Lyon n’estpas médiocre ; je suis en peine de votre embarquement, et desavoir ce que vous a paru ce furieux Rhône en comparaison denotre pauvre Loire, à laquelle vous avez tant fait de civilités.Que vous êtes honnête de vous en être souvenue comme d’unede vos anciennes amies! Hélas ! de quoi ne me souviens-je point?Les moindres choses me sont chères ; j’ai mille dragons. Quelledifférence! je ne revenais jamais ici sans impatience et sansplaisir : présentement j’ai beau chercher, je ne vous trouve plus ;et comment peut-on vivre quand on sait que,' quoi qu’on fasse,on ne trouvera plus une si chère enfant? Je vous ferai bien voirsi je la souhaite, par le chemin que je ferai pour l’aller cher-cher. J’ai reçu une lettre de M. de Grignan ; il n’y en a pointpour vous. Il me mande qu’il reviendra cet hiver; vous quittera-t-il? ou le suivrez-vous? Faites-moi réponse.
M. le Dauphin était malade, il se porte mieux. On sera à Ver-sailles jusqu'à lundi. Madame de La Vallière est toute rétablie àla Cour. Le roi la reçut avec des larmes de joie ; et madame de
* Henri 11, duc de Montmorency, maréchal de France, fut décapité à Tou-louse le 3o octobre i63i, pour voir pris part aux troubles excites par Gaston , ducd’Orléans.