DE MADAME DE SÊVKiNÊ.
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Montespan avec des larmes... Devinez de quoi. L’on a eu avecl’une et l’autre des conversations tendres. Tout cela est difïicilea comprendre, il faut se taire.
53. A madame de Grignan.
Vendredi 10 février 1671.
Je vous avoue que j’ai une extraordinaire envie de savoir devos nouvelles : songez, ma chère fille, que je n’en ai point eudepuis la Palice; je ne sais rien du reste de votre voyage jusqu’àLyon, ni de votre route jusqu’en Provence; je suis bien assuréequ’il me viendra des lettres; je ne doute point que vous nem’ayez écrit; mais je les attends, et je ne les ai pas : il faut seconsoler, et s’amuser en vous écrivant. Vous saurez, ma petite,qu’avant-hier au soir, mercredi, après être revenue de chezM. de Coulanges, où nous faisons nos paquets les jours d’or-dinaire, je songeai à me coucher ; cela n’est pas extraordinaire ;mais ce qui Test beaucoup, c’est qu’à trois heures après minuitj’entendis crier au voleur, au feu ; et ces cris si près de moi, siredoublés, que je ne doutai point que ce ne fût ici ; je crusmême entendre qu’on parlait de ma pauvre petite-fille; je nedoutai point qu’elle ne fût brûlée : je me levai dans cette crainte,sans lumière, avec un tremblement qui m’empêchait quasi deme soutenir. Je courus à son appartement qui est le vôtre, jetrouvai tout dans une grande tranquillité; mais je vis la maisonde Guitaud tout en feu; les flammes passaient par-dessus lamaison de madame de Vauvineux : on voyait dans nos cours,et surtout chez M. de Guitaud, une clarté qui faisait horreur:c’étaient des cris, c’était une confusion, c’était un bruit épou-vantable des poutres et des solives qui tombaient. Je fis ouvrirma porte, j’envoyai mes gens au secours : M. de Guitaud m’en-voya une cassette de ce qu’il a de plus précieux ; je la mis dansmon cabinet, et puis je voulus aller dans la rue pour béercomme les autres : j’y trouvai M. et madame de Guitaud quasinus, l’ambassadeur de Venise, tous ses gens, la petite de Vau-vineux qu’on portait tout endormie chez l’ambassadeur, plu-sieurs meubles et vaisselles d’argent qu’on sauvait chez lui. Ma-dame de Vauvineux faisait démeubler : pour moi, j’étais commedans une île, mais j’avais grande pitié de mes pauvres voisins.Madame Guêton et son frère donnaient de très-bons conseils ; nousétions dans la consternation : le feu était si allumé qu’on n’o-sait en approcher, et Ton n’espérait la fin de cet embrasementqu’avec la lin de la maison de ce pauvre Guitaud. Il faisait pi-tié ; il voulait aller sauver sa mère qui brûlait au troisièmeétage; sa femme s’attachait à lui, et le retenait avec violence;il était entre la douleur de ne pas secourir sa mère, et la crainte