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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

Elle a été plongée dans la mer *, la mer la vue loute nue, et salierté en est augmentée; jentends la liertô de la mer; car pourla belle, elle en est fort humiliée.

Les coiffures hurluberlu mont fort divertie; il y en a que lonvoudrait souffleter. La Choiseul ressemblait, comme dit Ninon,à un printemps dhôtellerie comme deux gouttes deau : cette com-paraison est excellente. Mais quelle est dangereuse, cette Ninon!Si vous saviez comme elle dogmatise sur la religion, cela vousferait horreur. Son zèle pour pervertir les jeunes gens est pa-reil à celui dun certain M. de Saint-Germain que nous avonsvu une fois à Livry. Elle trouve que votre frère a la simplicitéde la colombe, elle ressemble à sa mère ; cest madame de Gri-gnan qui a tout le sel de la maison, et qui nest pas si sotte quedêtre dans cette docilité. Quelquun pensa prendre votre parti,et voulut lui ôter lestime quelle a pour vous; elle le fit taire, etdit quelle en savait plus que lui. Quelle corruption ! quoi ! parcequelle vous trouve belle et spirituelle, elle veut joindre à cela cetteautre bonne qualité, sans laquelle, selon ses maximes, on nepeut être parfaite ! Je suis vivement touchée du mal quelle faità mon fils sur ce chapitre : ne lui en mandez rien ; nous faisonsnos efforts, madame de La Fayette et moi, pour le dépêtrer dun en-gagement si dangereux. Il a de plus une petite comédienne 1 2 * , ettous les Despréaux et les Racine, et paie les soupers : enfin, cestune vraie diablerie. Il se moque des Mascaron, comme vous avezvu : vraiment il lui faudrait votre minime 8 . Je nai jamais rienvu de si plaisant que ce que vous mécrivez-dessus ; je lai luà M. de La Rochefoucauld ; il en a ri de tout son cœur. Il vousmande quil y a un certain apôtre qui court après sa côte, etqui voudrait bien se lapproprier comme son bien ; mais il napas lart de suivre les grandes entreprises. Je pense que Mellusineest dans un trou ; nous nen entendons pas dire un seul mot.M. de La Rochefoucautd vous dit encore que sil avait seulementtrente ans de moins, il en voudrait fort à la troisième côte 4 deM. de Grignan. Lendroit vous dites quil a deux côtes rom-pues le fit éclater : nous vous souhaitons toujours quelque sortede folie qui vous divertisse, mais nous craignons bien que celle- nait été meilleure pour nous que pour vous. Après tout, nousvous plaignons bien de nentendre parler de Dieu que de cettesorte. Ab ! Bourdaloue ! il fit, à ce quon ma dit, une passionplus parfaite que tout ce quon peut imaginer : cétait celle delannée passée quil avait rajustée, selon ce que ses amis lui

1 Voyez la lettre du 1 3 mars 1671, p. 97.

* La Champmeslé.

Le minime qui prêchait à Grignan.

4 Cest-à-dire à madame de Grignan, qui était la troisième femme de M. de Grignan.