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LETTRES
Elle a été plongée dans la mer *, la mer l’a vue loute nue, et salierté en est augmentée; j’entends la liertô de la mer; car pourla belle, elle en est fort humiliée.
Les coiffures hurluberlu m’ont fort divertie; il y en a que l’onvoudrait souffleter. La Choiseul ressemblait, comme dit Ninon,à un printemps d’hôtellerie comme deux gouttes d’eau : cette com-paraison est excellente. Mais qu’elle est dangereuse, cette Ninon!Si vous saviez comme elle dogmatise sur la religion, cela vousferait horreur. Son zèle pour pervertir les jeunes gens est pa-reil à celui d’un certain M. de Saint-Germain que nous avonsvu une fois à Livry. Elle trouve que votre frère a la simplicitéde la colombe, elle ressemble à sa mère ; c’est madame de Gri-gnan qui a tout le sel de la maison, et qui n’est pas si sotte qued’être dans cette docilité. Quelqu’un pensa prendre votre parti,et voulut lui ôter l’estime qu’elle a pour vous; elle le fit taire, etdit qu’elle en savait plus que lui. Quelle corruption ! quoi ! parcequ’elle vous trouve belle et spirituelle, elle veut joindre à cela cetteautre bonne qualité, sans laquelle, selon ses maximes, on nepeut être parfaite ! Je suis vivement touchée du mal qu’elle faità mon fils sur ce chapitre : ne lui en mandez rien ; nous faisonsnos efforts, madame de La Fayette et moi, pour le dépêtrer d’un en-gagement si dangereux. Il a de plus une petite comédienne 1 2 * , ettous les Despréaux et les Racine, et paie les soupers : enfin, c’estune vraie diablerie. Il se moque des Mascaron, comme vous avezvu : vraiment il lui faudrait votre minime 8 . Je n’ai jamais rienvu de si plaisant que ce que vous m’écrivez là-dessus ; je l’ai luà M. de La Rochefoucauld ; il en a ri de tout son cœur. Il vousmande qu’il y a un certain apôtre qui court après sa côte, etqui voudrait bien se l’approprier comme son bien ; mais il n’apas l’art de suivre les grandes entreprises. Je pense que Mellusineest dans un trou ; nous n’en entendons pas dire un seul mot.M. de La Rochefoucautd vous dit encore que s’il avait seulementtrente ans de moins, il en voudrait fort à la troisième côte 4 deM. de Grignan. L’endroit où vous dites qu’il a deux côtes rom-pues le fit éclater : nous vous souhaitons toujours quelque sortede folie qui vous divertisse, mais nous craignons bien que celle-là n’ait été meilleure pour nous que pour vous. Après tout, nousvous plaignons bien de n’entendre parler de Dieu que de cettesorte. Ab ! Bourdaloue ! il fit, à ce qu’on m’a dit, une passionplus parfaite que tout ce qu’on peut imaginer : c’était celle del’année passée qu’il avait rajustée, selon ce que ses amis lui
1 Voyez la lettre du 1 3 mars 1671, p. 97.
* La Champmeslé.
’ Le minime qui prêchait à Grignan.
4 C’est-à-dire à madame de Grignan, qui était la troisième femme de M. de Grignan.