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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉV1GNÉ.

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avaient conseillé, alin quelle fût inimitable. Comment peut-onaimer Dieu, quand on nentend jamais bien parler de lui? Ilvous faut des grâces plus particulières quaux autres. Nousentendîmes , lautre jour, labbé de Montmort 1 ; je nai jamaisouï un si beau jeune sermon ; je vous en souhaiterais autant àla place de votre minime. Il fit le signe de la croix, il dit sontexte; il ne nous gronda point, il ne nous dit point dinjures;il nous pria de ne point craindre la mort, puisquelle était le seulpassage que nous eussions pour ressusciter avec Jésus-Christ.Nous le lui accordâmes, nous fûmes tous contents. Il na rienqui choque : il imite M. dAgen sans le copier; il est hardi, il estmodeste, il est savant, il est dévot : enfin, jen fus contente audernier point.

Madame de Yauvineux vous rend mille grâces; sa tille a ététrès-mal. Madame dArpajon vous embrasse mille fois, et sur-tout M. Le Camus vous adore ; et moi, ma chère enfant, que pen-sez-vous que je fasse ? Vous aimer, penser à vous, mattendrirà tout moment plus que je ne voudrais, moccuper de vos affai-res, minquiéter de ce que vous pensez, sentir vos ennuis et vospeines, les vouloir souffrir pour vous, sil ôtait possible; éeu-mer votre cœur comme jécumais votre chambre des fâcheuxdont je la voyais remplie ; en un mot, comprendre vivement ceque cest daimer quelquun plus que soi-même, voilà comme jesuis : cest une chose quon dit souvent en lair ; on abuse decette expression ; moi, je la répète, et sans la profaner jamais,je la sens tout entière en moi, et cela est vrai.

46. A madame de Grignan.

A Paris, samedi 4 avril 1671.

Je vous mandai lautre jour 1 la coiffure de madame de Ne-vers, et dans quel excès la Martin avait poussé cette mode ; maisil y a une certaine médiocrité qui ma charmée , et quil fautvous apprendre, afin que vous ne vous amusiez plus à faire centpetites boucles sur vos oreilles, qui sont défrisées en un mo-ment, qui siéent mal, et qui ne sont non plus à la mode présen-tement, que la coiffure de la reine Catherine de Médicis. Je vishier la duchesse de Sully et la comtesse de Guiche; leurs têtessont charmantes ; je suis rendue, cette coiffure est faite juste-ment pour votre visage ; vous serez comme un ange, et cela estfait en un moment. Tout ce qui me fait de la peine, cest quecette mode, qui laisse la tête découverte, me fait craindre pour les

1 Depuis évêque de Perpignan.

* Voyez la lettre du 18 mars 1671 , p. 99.