DE MADAME DE SÉYIGNÉ.
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rir cc qu’ils désiraient de son service : toutes ses glaces étaientcassées, et sa tête l’aurait été, s’il n’était plus heureux que sage :toute cette aventure n’a fait aucune distraction à sa rêverie. Jelui ai mandé ce matin que je lui apprenais qu’il avait versé,qu’il avait pensé se rompre le cou, qu’il était le seul dans Parisqui ne sût point cette nouvelle, et que je lui en voulais marquermon inquiétude : j’attends sa réponse. Voilà madame la com-tesse (de Fiesque) et Briole, qui vous font trois cents compli-ments. Adieu, ma très-chère enfant, je m’en vais fermer monpaquet. Comme je suis assurée que vous ne doutez point de monamitié, je ne vous en dirai rien ce soir.
49. A madame de Grignan.
A Pari», mercredi i 5 avril 1671.
Je viens de recevoir la lettre que vous m’avez écrite par Gacé ’.Vous me parlez de la Provence comme de la Norwège : je pen-sais qu’il y fait chaud, et je le pensais si bien, que l’autre jour,que nous eûmes ici une bouffée d’été, je mourais de chaud, etj’étais triste on devina que c’était parce que je croyais que vousaviez encore plus chaud que moi, et je ne pouvais, en effet, mel’imaginer sans chagrin. Je veux vous dire, ma chère enfant,que le chocolat n’est plus avec moi comme il était : la mode m’aentraînée, comme elle fait tçujours : tous ceux qui m’en disaientdu bien m’en disent du mal; on le maudit, on l’accuse de tousles maux qu’on a ; il est la source des vapeurs et des palpita-tions; il vous flatte pour un temps, et puis vous allume toutd’un coup une lièvre continue, qui vous conduit à la mort. En-lin, ma tille, le grand-maître®, qui en vivait, est son ennemi dé-claré : vous pouvez penser si je puis être d’un autre sentiment 3 .Au nom de Dieu, ne vous engagez point à le soutenir, et songezque ce n’est plus la mode du bel air. Je n’ai point encore vuGacé; je crois que je l’embrasserai :.bon Dieu! un homme quivous a vue, qui vient de vous quitter, qui vous a parlé, commecela me parait !
Je suis bien aise que vous ayez compris la coiffure, c’est jus-tement ce que vous aviez toujours envie de faire; ce taponnagevous est naturel, il est au bout de vos doigts : vous avez centfois pensé l’inventer, mais vous avez bien fait de ne point pren-dre cette mode à la rigueur. Le bel air est de se peigner, pour
1 Depuis maréchal de Matignon.
* Le comte du Lude.
3 On avait dit que le comte du Lude aimait madame de Sévigné; mais commec'était un de ces hommes dont l'attachement ne nuit point à la réputation des dames,madame de Sévigné en plaisantait la première* Voyez les Amours des Gaules, ducomte de Bussy.
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