DE MADAME DK SÉVIGfiÊ.
HS
moignez; il me donne mille attaques en riant sur rattachementque j’ai pour vous : je vous avoue, ma fille, qu’il est grand, lorsmême que je le cache. Je vous avoue encore une autre chose,c’est que je crois que vous m’aimez : vous me paraissez solide ;il me semble qu’on peut se fier à vos paroles, et cela fait aussique je vous estime fort. Vos messieurs commencent à s’accou-tumer à vous ; les pauvres gens ! Et les dames ne vous ont pasencore bien goûtée.
KO. A madame de Grignan.
Vendredi au soir, 24 avril 1671, chezM. de La Rochefoucauld*
Je fais donc ici mon paquet. J’avais dessein de vous conterque le roi arriva hier au soir à Chantilly ; il courut un cerf auclair de la lune; les lanternes firent des merveilles, le feu d’ar-tifice fut un peu effacé par la clarté de notre amie ; mais enfin,le soir, le souper, le jeu, tout alla à merveille. Le temps qu’il afait aujourd’hui nous faisait espérer une suite digne d’un siagréable commencement. Mais voici ce que j’apprends en en-trant ici, dont je ne puis me remettre, et qui fait que je ne saisplus ce que je vous mande : c’est qu’enlin Vatel, le grand Vatel,maître d’hôtel de M. Fouquet, qui l'était présentement de M. lePrince, cet homme d’une capacité distinguée de toutes les au-tres , dont la bonne tête était capable de contenir tout le soind’un État ; cet homme donc que je connaissais, voyant que cematin à huit heures la marée n’était pas arrivée, n’a pu soutenirl’affront dont il a cru qu’il allait être accablé, et, en un mot, ils’est poignardé. Vous pouvez penser l’horrible désordre qu’un siterrible accident a causé dans cette fête. Songez que la marée estpeut-être arrivée comme il expirait. Je n’en sais pas davantageprésentement : je pense que vous trouvez que c’est assez. Je nedoute pas que la confusion n’ait été grande ; c’est une chose fâ-cheuse à une fête de cinquante mille écus.
Kl. A madame de Grignan.
A Taris, dimanche 26 avril 1671.
Il est dimanche 26 avril ; cette lettre ne partira que mercredi ;mais ce n’est pas une lettre, c’est une relation que Moreuil vientde me faire, à votre intention, de ce qui s’est passé à Chantillytouchant Vatel. Je vous écrivis vendredi qu’il s’était poignardé ;voici l’affaire en détail ; Le roi arriva le jeudi au soir; la pro-menade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, toutcela fut à souhait. On doupa, il y eut quelques tables où le rôtimanqua, à cause de plusieurs dîners à quoi l’on ne s’était pointattendu ; cela saisit Vatel, il dit plusieurs fois : Je suis perdu