DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
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Bertrand dérobait tout; Raton, de son côté,
Était moins attentif aux souris qu’au fromage.
Et le reste. Cela est peint; et la Citrouille, et le Rossignol, celaest digne du premier tome. Je suis bien folle de vous écrire detelles bagatelles, c’est le loisir de Livry qui vous tue. Vous avezécrit un billet admirable à Brancas ; il vous écrivit l’autre jourune main tout entière de papier : c’était une rapsodie assezbonne ; il nous la lut à madame de Coulanges et à moi. Je luidis : Envoyez-la moi donc tout achevée pour mercredi. Il me ditqu’il n’en ferait rien, qu’il ne voulait pas que vous la vissiez :que cela était trop sot et trop misérable. — Pour qui nous pre-nez-vous ? vous nous l’avez bien lue. — Tant y a que je ne veuxpas qu’elle la lise. Voilà toute la raison que j’en ai eue ; jamaisil ne fut si fou. Il sollicita l’autre jour un procès à la seconde desenquêtes ; c’était à la première qu’on le jugeait : cette folie a fortréjoui les sénateurs ; je crois qu’elle lui a fait gagner son procès.Que dites-vous, mon enfant, de l’infinité de cette lettre? Si je vou-lais j’écrirais jusqu’à demain. Conservez-vous,.c’est ma ritour-nelle continuelle; ne tombez point, gardez quelquefois le lit. De-puis que j’ai donné à ma petite une nourrice comme celle dutemps de François I er , je crois que vous devez honorer tous mesconseils. Pensez-vous que je n’aille point vous voir cette année?j’avais rangé tout cela d’une autre façon, et même pour l’amourde vous ; mais votre litière me dérange tout •. le moyen de nepas courir cette année, si vous le souhaitez un peu ? Hélas î c’estbien moi qui dois dire qu’il n’y a plus de pays fixe pour moi, quecelui où vous êtes. Votre portrait triomphe sur ma cheminée;vous êtes adorée maintenant en Provence, et à Paris, et à laCour, et à Livry; enfin, ma fille, il faut bien que vous soyez in-grate : le moyen de rendre tout cela? Je vous embrasse et vousaime, et vous le dirai toujours, parce que c’est toujours la mêmechose. J’embrasserais ce fripon de Grignan, si je n’étais fâchéecontre lui,
Maître Paul mourut il y a huit jours ; notre jardin en est tout,triste.
t>3. A madame de Grignan.
A Paris, mercredi mai 1671^
Je reçois votre lettre de Marseille ; jamais relation ne m’a tantamusée. Je lisais avec plaisir et avec attention ; je suis fâchéede vous le dire, car vous n’aimez pas cela, mais vous narreztrès-agréablement. Je lisais donc votre lettre vite par impatience,et puis je m’arrêtais tout court, pour ne pas la dévorer si promp-tement; je la voyais finir avec douleur, et douleur de toute ma-nière ; car je ne vois que de l’impossibilité à votre retour, moi